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The Blessing Bell

THE BLESSING BELL

Sabu, 2002

avec Susumu Terajima

Alors que son précédent film, Drive, était encore sur les écrans de Tokyo, Sabu était déjà présent au Filmex (qui s'est tenu du 1 au 8 décembre 2002) avec son nouveau film sous les bras : The Blessing Bell. Etant donné tout le bien que j'ai pensé de Drive, c'était avec une grande impatience que j'attendais ce film, d'autant plus que l'acteur principal n'est autre que l'excellent Susumu Terajima (Okaeri), malheureusement trop souvent cantonné à des seconds rôles caricaturaux. A ce propos on remarquera que ce dernier était tout de même à l'affiche de cinq films présentés au Filmex, ce qui constitue en soit un record.
The Blessing Bell ne dépareille pas franchement dans la filmographie de Sabu même si ce dernier parvient une fois encore à se montrer surprenant et incisif. Après la bicyclette dans Postman Blues, la voiture dans Drive ou la course à pied dans Dangan Runner, c'est une fois encore l'idée de mouvement qui émane de ce nouveau film avec le choix de la marche.

Le marcheur, c'est un ouvrier (Susumu Terajima) qui vient de perdre son emploi suite à la fermeture de l'usine où il travaille. Ne sachant trop quoi faire, il décide de marcher. Il va alors lui arriver toutes sortes d'aventures à partir du moment où il est faussement accusé du meurtre d'un vieux yakuza (Seijun Suzuki en personne !).

La marche silencieuse qu'entreprend cet ouvrier est avant tout pour lui une manière de se retrouver lui-même suite à la disparition de ce qui constituait son quotidien. Mais sans même le vouloir, alors que justement la routine du quotidien vient de disparaître, il se trouve pris dans un engrenage d'aventures rocambolesques et extraordinaires, toujours sans qu'il ne prononce le moindre mot.
Un peu comme le salaryman de Drive, il semble que moins il en fait, plus les évènements se précipitent sur lui. Le voici accusé de meurtre, gagnant à la loterie ou héros pour avoir sauvé des enfants d'un incendie. Mais tout cela ne lui donne pas le sens de la vie, quête à la fois impossible et perpétuelle, et il continue à avancer donnant des prétextes à Sabu pour à la fois quelques pointes d'humour et surtout des piques contre la société japonaise. Avec son humour noir caractéristique, Sabu nous convainc qu'il y a quelque chose de pourri au royaume Japon et que tout est loin d'être rose. Consumérisme, misère sociale ou récession économique, la promenade ressemble plus à un défilé des plaies du Japon moderne en même temps qu'il montre un quotidien, comme un résumé d'une vie entière, fait de hauts et de bas, lot commun à quiconque.
Et lorsque finalement il arrive au bout de son voyage, dans un lieu qui est une sorte de bout du monde, il n'a pas d'autre solution que de revenir. Par une astuce ingénieuse, la course qu'il entreprend pour rentrer dans son foyer est une manière de rembobiner le film. Il passe par tous les lieux où la situation a changé du fait de son précédent passage.
La quasi-révélation qu'il a lors de son arrivée au bout du monde et après une nuit dans un trou à observer les étoiles, est aussi pragmatique que possible et peut-être un brin naïve. Mais la vie est, après tout, faite d'une succession d'évènements heureux et malheureux. Vouloir aller contre cela c'est se mettre soit même en péril, tout comme il est dangereux de se laisser abattre - le vol de son magot par plus malheureux que lui ne rend pas notre héros amer, loin s'en faut. La plate normalité du quotidien et surtout la famille, structure aussi oppressive soit-elle, est aussi un havre de paix, une ancre qui empêche de dériver, à la façon du salaryman délaissé et suicidaire que croise notre héros. La morale, en dépit de son caractère religieux (faite le bien, Dieu vous le rendra), est aussi une leçon d'humilité aussi simple qu'efficace. Et c'est finalement plus à une sorte de morale bouddhiste que l'on a à faire.

Grâce notamment à l'incroyable performance d'acteur de Susumu Terajima, silencieux tout du long du film à l'exception des passages finaux où il raconte hors champs à sa femme ses aventures, Sabu offre un film à la fois drôle, sensible et cruel sur le Japon de tous les jours.

 

© Janvier 2003