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Battle Royale

BATTLE ROYALE (Batteru Royaru)

Kinji Fukasaku, 2000

avec Tatsuya Fujiwara, Aki Maeda, Taro Yamamoto, Masanobu Ando, Kou Shibasaki, Chiaki Kuriyama, Takeshi Kitano.

Après une longue traversée du désert ces dernières années avec des films peu recommandables, le réalisateur de la fameuse série Combat sans Code d'Honneur, revient, gonflé à bloc, en dépit de ses 70 ans !

Certainement avez-vous entendu parler de Battle Royale, non pas du fait de son réalisateur, mais à cause de ses démêlées avec la censure japonaise. Mais au delà du battage médiatique occasionné par la violence du film, indéniable, qu'en est-il vraiment ?

Pour répondre à la multiplication des actes de violence chez les jeunes japonais, les autorités mettent en place une loi/jeu qui consiste, une fois par an, à enfermer une classe de lycéens sur une île et de les faire s'entre-tuer. Trois jours au bout desquels il ne doit rester qu'un unique survivant, sinon c'est la mort pour tous. Commence alors un affrontement d'une rare violence qui balaie les valeurs de solidarité, d'entraide et d'amitié.

Rien de tel qu'un scénario simpliste pour dénoncer des dysfonctionnements. Cela fait très longtemps que Kinji Fukasaku l'a compris. Ne prenant pas de gants dans la description du Japon de l'après-guerre et ses yakusas dans sa série Combat sans Code d'Honneur, Kinji Fukasaku, âgé de 70 ans reprend du service et offre un des films les plus provocateurs de sa carrière, voire le plus provocateur, et un des films les plus passionnants du cinéma d'exploitation japonais de ces dernières années. Car, évidemment, c'est bien de cinéma d'exploitation dont il s'agit.
Mélangeant violence extrême dont le cinéma japonais est coutumier et un traitement presque hollywoodien, Battle Royale mélange aspects totalement bis (les colliers, le lieu, le scénario, les hackers, décompte des morts...) avec un sens du rythme et du spectacle incroyable. La réalisation est soignée, la mise en scène parfaite et le rythme est maintenu d'un bout à l'autre, sans temps mort. Pari réussi donc pour Kinji Fukasaku qui déploie tout son talent en dépit de la pauvreté du scénario. Car là où un film comme Running Man, devait sans cesse revenir à la télévision, à la source du spectaculaire, Battle Royale est un quasi huis-clos qui à l'exception des première minutes (qui ressemble à Starship Troopers), évacue toute présence des médias.
Évidemment, Kinji Fukasaku ne manque pas d'envoyer quelques piques vers les médias, la télévision en particulier, mais, certainement par peur du déjà-vu, abandonne vite cette voix pour, en dépit des apparences, se montrer bien plus subtil et virulent envers les politiques japonais.

Ce que dénonce avant tout Kinji Fukasaku c'est une dérive du système politique (actuel, n'en doutons pas) vers un système autoritaire qui répond à la violence par la violence, montrant là son incapacité totale à trouver une réponse adéquat à des problèmes de société mais aussi à ne pas comprendre les changements qui s'opèrent dans cette société. Et la réponse, violente et absurde - l'armée utilisée contre des lycéens, est en outre inefficace. Pour preuve ce "candidat" participant à nouveau au jeu et surtout, la simple existence même du jeu depuis plusieurs années et qui n'a en rien résolu le moindre problème.
La dénonciation est virulente et symptomatique d'un Japon en pleine crise identitaire. Cependant, la virulence du propos fait souvent place à une violence extrême, visuelle. C'est sur ce point que les nombreux détracteurs (souvent des politiques, par ailleurs) ont trouvé à redire.

Et on serait tenté de leur donner raison. D'abord par le sujet même, qui contient une grande violence intrinsèque, et par le traitement choisi par Fukasaku. Ce dernier montre la violence sans chercher ni à l'embellir - pas d'aspect romantique, même dans les suicides de couples, ni véritablement à l'occulter, puisqu'elle est bien présente. Ensuite, et c'est certainement là l'aspect le plus choquant, c'est l'âge des "acteurs". Loin des acteurs américains majeurs jouant des lycéens, ce sont ici de véritables lycéens et les voir s'entre-tuer est d'une cruauté rarement atteinte.
Au delà de la pure violence graphique (avec quelques scènes de gunfight impressionantes), Fukasaku tente de donner un peu de consistance à ses personnages et notamment aux héros du films ainsi qu'au prof devenu bourreau (Kitano). Les flashbacks sont certes parfois inutiles et mielleux mais dans l'ensemble, ils apportent des éléments intéressants au récit en replaçant le débat dans un contexte social (notamment les scènes avec le père du héros, Shuya), que la suite de meurtres pourrait nous faire oublier.

Au final, grâce à un rythme soutenu, Battle Royale offre un spectacle divertissant qui fait souvent froid dans le dos. La fin, mélange de cynisme et d'une pirouette astucieuse, donne certainement une part trop importante à Takeshi Kitano, délaissant tout le côté social et politique, tout en offrant toutes les bases nécessaires à une suite. Finalement, c'est certainement ce qui déçoit le plus. Après un déchaînement de violence tel, une fin heureuse laisse forcément un goût d'inachevé, laissant penser que Fukasaku n'est pas allé jusqu'au bout. Elle n'est cependant pas exempte d'une forte ironie, mais je ne vous en dit pas plus ...

Battle Royale marque donc le grand retour de Fukasaku à un niveau plus que convaincant. Il prouve par ailleurs que la réputation de tous ces réalisateurs qui connurent leurs heures de gloire il y a près de trente ans, avant de sombrer dans l'oubli, était loin d'être usurpée. On attend maintenant Suzuki et Teruo Ishii qui ont tous deux repris leur place derrière la caméra !

© Juillet 2001