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Drive

DRIVE

Sabu, 2001

avec Shinichi Tsutsumi, Kou Shibayashi, Ando Masanobu, Ren Osugi, Susumu Terajima, Kan Toshio

Initialement acteur (premier rôle en 1986) puis réalisateur, Sabu s'est, en cinq films, imposé comme un des réalisateurs japonais à suivre de près. De Dangan Runner, son premier film, à ce Drive, on mesure le chemin parcouru. Sans détonner dans la filmographie de Sabu, Drive est sans aucun doute son film le plus abouti à ce jour.

Un salaryman souffrant de migraines liées à son trop grand stress est pris en otage par trois braqueurs de banque qui s'introduisent dans son véhicule professionnel et l'oblige à suivre un autre véhicule. Son respect à la lettre des règles de conduite empêchent les braqueurs de rattraper leur cible et les fait maudire d'avoir choisit un tel otage...

Drive ne dépareillent pas des films précédents de Sabu en tant qu'il continue à exploiter des thématiques habituelles de ses films. Personnages de loosers, salaryman soudain pris dans un engrenage et une situation qui le dépasse, une critique en filigrane de la société japonaise - Drive est assez proche de Monday en ce sens, et des films marqués par l'idée de mobilité (Dangan Runner, Postman Blues et Drive exploitent chacun un moyen de locomotion différent, à chaque fois au coeur du film). Surtout la construction sous forme de petits événements qui en engendrent d'autres bien plus catastrophiques est ici poussée à son paroxysme.
Mais Drive est avant tout un film sur un homme marqué par une enfance douloureuse, et pour ainsi dire un film freudien, qui va par cette expérience violente de sa situation d'otage, trouver le moyen de combattre son propre passé et, littéralement, se confronter à lui-même. En proposant le salaryman stressé, et son pendant feminin par l'OL tout aussi stressée, comme représentation du japonais moderne, Sabu s'offre bien sûr un moyen de critiquer la société japonaise mais surtout un terreau fertile a une comédie sympathique et jamais lourde. Car ses personnages savent acquérir la sympathie du public, qui s'y retrouve nécessairement un peu, plus qu'ils ne font pitié.
Et d'humour, Drive n'en manque pas. Certes la comédie est ici typiquement japonaise avec des scènes parfois très violentes, un mélange de tragique et de comique, mais surtout par la frontière floue entre réalité et rêve. Ainsi, l'absurde présent à de nombreuses reprises s'intègre naturellement au film et sert parfaitement le propos. Une fois n'est pas coutume, Drive est une comédie japonaise profondément optimiste dont le message pourrait se résumer à la simple maxime "faites ce que vous avez véritablement envie et devenez sincèrement vous-même". Ainsi chacun des braqueurs va choisir une nouvelle voie. On retiendra particulierement Susumu Terajima devenant chanteur punk !
Pour ce qui est de notre héros salaryman, ce dernier doit plus vaincre ses propres démons que véritablement trouver sa voie - qu'il a en fait déjà trouvée par son métier. Afin de devenir lui-même, il doit d'abord abattre son propre passé (en cela l'interprétation est très freudienne), qui prend physiquement forme lors d'un combat au sabre. En tuant son propre passé, c'est aussi le poids d'une société figée dans les traditions (très bien illustrée par ses parents) qu'il élimine en même temps qu'il détruit les vieux démons de la société japonaise (le militarisme notamment). L'accomplissement de cet acte de destruction lui permettra également de trouver la force de rencontrer la femme qu'il aime - et qui lui ressemble, tout en restant lui-même. D'apparence mal dans sa peau, Shinichi (Shinichi Tsutsumi, acteur fétiche de Sabu) est finalement le seul qui a choisi un métier / une voie qui lui convient parfaitement, les braqueurs n'étant finalement que trois loosers mal dans leur peau dont on se demande comment ils ont pu en venir à réaliser un braquage.

Les reproches que l'on peut faire à Drive restent assez mineurs et sont de ceux que l'on retrouvent souvent dans les films précédents de Sabu. Quelques longueurs vites oubliées grâce à des scènes hilarantes, une absurdité subtilement distillée et surtout des acteurs hors-pairs. De quoi rester extrêmement optimiste quant au futur de Sabu, qui s'améliore de film en film.

http://www.sabu-drive.com

© Septembre 2002