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Gemini

GEMINI

Shinya Tsukamoto, 1999

avec Masahiro Motoki, Ryo, Yasutaka Tsutsui, Shiho Fujimura, Akaji Maro

Zeni / Brian Addav

Brian Addav : Et voici donc le film le plus intéressant parmi ceux que j'ai vu lors du peu de temps passé à l'Etrange Festival. Certes, ce n'est pas un chef d'œuvre cinématographique, mais dans la filmographie de Tsukamoto, c'est une continuité très prometteuse doublée d'une magnifique confirmation . Oui Tsukamoto a un imaginaire délirant, oui il a ses grandes interrogations, la confrontation des genres sociétaires, et oui, il peut s'assagir pour devenir enfin un cinéaste tout public, intelligent, mature.

Voici donc l'histoire de Yukio, médecin dans un Japon du passé récent. Il vit avec ses parents, et sa femme, Rin, récemment mariés. Première faille dans sa vie, son épouse semble souffrir d'une amnésie sur sa vie précèdent sa rencontre avec Yukio. Très vite, ses parents vont mourir, de mort naturelle, mais le spectateur sent bien que cela n'est pas vrai. Quand survient le drame, par l'entremise d'un sosie de Yukio, Setsuki, qui prend sa place, jetant ce dernier au fond d'un puits.

Et là débute la confrontation entre les deux personnages principaux. Il apparaît vite qu'ils sont jumeaux, séparés à la naissance, l'un rejeté à cause d'une marque sur la cuisse, élevé dans les bas fonds de la ville. Chacun va se trouver plongé dans un monde qu'il ne connaît pas. Yukio par ce que lui révélera Setsuki au fur et à mesure de son emprisonnement, la vérité sur sa femme, celle de Setsuki en réalité, venant elle aussi des bas-fonds, du monde des lépreux, des contaminés. Et Setsuki par son immersion dans la bonne société, montre qu'il peut aussi se comporter en homme de bien malgré ses origines. Yukio s'en sortira, arrivera à tuer le rival, mais sera-t-il vraiment sauf pour autant. Il y a une ambiguïté qui subsistera toujours. Yukio a été touché par la rencontre de son frère, contaminé, non par la lèpre, mais par les révélations que cette histoire lui a apportées. Il est lié au monde des lépreux, au mauvais côté. Il n'est pas seulement le bon docteur, tout blanc tout bon. Il porte en lui les germes de l'autre côté, comme son frère portait en lui les germes du bien.

La trame du film est classique, le dénouement bienheureux, même si une pointe d'ambiguïté subsiste sur les conséquences mentales de cette histoire pour Yukio. On retrouve ainsi un thème cher à Tsukamoto, entreplongeant deux mondes qui n'ont strictement rien à voir l'un et l'autre.

Où ce cinéaste se fait plus mature, c'est dans le traitement visuel du film ; Les couleurs sont superbes, les ambiances travaillées et toujours saisissables, palpables. Le rythme surtout du film, et surtout la manière de tenir la caméra, d'être proche des personnages en temps de crise, de les regarder avec respect, distance, mesure. Ce qui faisait le charme d'un film comme Tetsuo 2 par exemple, cette frénésie visuelle, qui en devenait brouillonne alors, prend toute sa pleine mesure dans Gemini. La scène où Rin sent une présence dans la maison, s'affole, scène toute teintée de jaune, en est le plus bel exemple. Et à l'instar d'un Siegfried avec Louise Take 2, elle devrait servir d'exemple à Lars Von Trier et autres consorts du Dogme qui abuse des tremblements de caméra sans leur donner aucun sens et encore moins de clarté.

Encore un dernier mot sur la symbiose entre les couleurs, leurs significations, et les personnages ou lieux auxquels elles s'appliquent. C'est de là que Gemini tire toute sa grâce et tout son intérêt. Ce film est parfait car il est équilibré, travaillé, sincère. En espérant que le prochain soit dans la même veine !

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Zeni : J'avais découvert Tsukamoto pas plus tard que l'année dernière lors de la retrospective que lui avait consacré l'Etrange Festival. J'avais ainsi pu découvrir les excellents Tetsuo II et surtout Tokyo Fist. Déçu par Bullet Ballet, c'est avec un grand intérêt et une impatience non dissimulée que j'attendais de voir Gemini.

Le docteur Yukio Daitokuji dirige une prospère clinique à Tokyo. Il vit avec sa femme Rin, amnésique. Il partage avec son père un profond dégoût envers les habitants des proches taudis. Suite aux décès consécutifs de ses parents, Yukio est amené à rencontrer son frère jumeau, Setsuki, qui ne tarde pas à prendre sa place...

Le thème du jumeau maléfique est un thème classique du cinéma fantastique et si Gemini ne brille pas par l'originalité du scénario, il reste que le traitement et le travail sur les couleurs notamment rend le film plus qu'intéressant. Le lieu de l'action bien qu'apparement située à Tokyo, reste quelque peu flou notamment par la présence étrange des taudis et leur architecture. Il en est de même pour l'époque. Apparemment située au début du siècle, quelques éléments apparaissent parfois incongrus comme les combinaisons anti-épidémiques. L'action de déroulant quasiment intégralement dans la clinique avec quelques vues des taudis, il est difficile d'appréhender le lieu et le temps. Cela renforce le côté fantastique de l'histoire, renforcé par la marque infâmante de Setsuki, qui le marque comme une sorte d'antéchrist. Mais si Tsukamoto s'en tient à un certain nombre de codes qui régissent le genre, c'est pour mieux cacher son jeu. Et peut-être aussi comme un hommage ou une référence au cinéma japonais d'horreur.

L'aspect visuel des habitants des taudis et les taudis eux-mêmes par le décor désertique écrasé par le soleil dans lequel ils sont implantés, ressemblent beaucoup à la tribu des chasseurs de The Blade. C'est là que le jeu sur les couleurs est le plus impressionant et apporte une touche fantaisiste à l'ensemble qui contraste fortement avec les scènes à l'intérieur de la clinique plus froides et monochomes (filtres bleu ou vert, ambiance nocturne et pluvieuse). Oppositions visuelles que l'on retrouve entre Yukio et Setsuki.

A la lumière de l'ensemble de l'oeuvre de Tsukamoto, on retrouve le grand thème récurrent du cinéaste, à savoir la confrontation entre un salaryman socialement intégré (ici, le médecin Yukio) qui va être confronté violemment à un monde en total contradiction avec ses valeurs, ses habitudes (Tokyo Fist, Bullet Ballet). Malheureusement, avouons que cela sent un peu le réchauffé.

La fin ambivalente laisse planer un doute sur la réelle identité de Yukio/Setsuki. Au delà de la simple usurpation d'identité, c'est l'éternel contradiction qui déchire l'homme japonais entre une vie sociale sans vague et une forte pulsion à libérer une énergie trop souvent contenue (Yukio ne satisfait pas Rin sexuellement parlant, contrairement à Setsuki). Si Sutseki veut prendre la place de Yukio, ce n'est pas vraiment pour bénéficier des avantages financiers de ce dernier mais bien dans un but de pure vengeance et, inconsciemment, certainement pour amener Yukio à sortir de son monde duveteux et protégé. Setsuki est certes physiquement le jumeau de Yukio, mais il est en fait, dès le départ, dans la tête de Yukio. Il représente la partie de la personnalité de Yukio qui aspire à autre chose.

Gemini est donc un film plus vénémeux que les apparences et qui bénéficie d'un travail admirable au niveau visuel et émotionel. Il vient confirmer les capacités et le grand talent de Tsukamoto. On préféreara cependant un Tokyo Fist, nettement plus novateur.

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