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Gojoe

GOJOE

Sogo Ishii, 1999

avec Todanobu Asano, Ryu Daisuke, Jun Kunimura

Illustrant à sa manière une célèbre légende japonaise, Sogo Ishii semble avoir continuellement hésité entre le classicisme et un traitement plus personnel. Le film, résultat de ce tiraillement que n'a pas su résoudre Sogo Ishii, déçoit autant qu'il étonne.

12ème siècle. Les Heike ont écrasé les Genki. Mais le pont de Gojoe est occupé par le démon Shanao, alliés aux derniers Genki, et qui met un point d'honneur à copieusement massacrer tout Heike qui s'approche du pont. Le moine Benkei, ancien assassin, reçoit quant à lui, un message divin lui ordonnant d'aller tuer le démon Shanao. Armée de l'épée "Tueuse de Démon", Benkei s'en va affronter Shanao. Mais la force incroyable du démon, lui fait remettre à plus tard un combat perdu d'avance.

Ce n'est certainement pas aux japonais que l'on va donner des leçons pour réaliser ce genre de films. Mais Sogo Ishii sait, aussi bien que nous, que l'âge d'or du Jidai Geki (film historique, d'époque) et du Ken Geki (film de sabre, chambara) est révolu. La tâche est d'autant plus difficile que d'y apporter un souffle novateur. Et c'est justement dans ses aspects les plus classiques, les plus révérencieux au genre, que Gojoe convainc le plus. Bien plus, finalement, que dans les tentatives de Sogo Ishii, d'apporter sa propre vision.

La photographie, par exemple, est dans l'ensemble une véritable réussite avec quelques scènes superbes telles que ces paysages de forêts, sa scène d'ouverture inquiétante. Et on ne peut être qu'admiratif devant le travail de fourmi pour restituer l'ambiance et le contexte historique de l'époque, notamment par la beauté des costumes et la minutie de la reconstitution des rites religieux. Sogo Ishii, n'hésite cependant pas à y mêler des éléments plus épiques. On retrouve donc l'idée de quête, une épée portant un nom et visiblement porteuse d'un pouvoir, une forêt hantée, ... Plus prosaïquement, c'est également un moyen de rendre hommage au chambara avec également quelques "passages obligés" : gerbes de sang, violence sèche et rapidité des combats, affrontement final, univers quasiment exclusivement masculin. L'apport des effets numériques, sans excès, et toujours au service du propos, ne tombent jamais dans le travers des films où ils se limitent à la démonstration technique.

C'est en y apportant sa touche personnelle que Sogo Ishii crée une rupture de ton qui déstabilise et déçoit. En premier lieu, on regrettera les mouvements de caméra peu opportuns et surtout lassants, tel ce tournoiement interminable. Ou encore, lors du combat final sur le pont Gojoe, où l'on ne perçoit finalement que les chocs des armes et les gerbes d'étincelles qui en résultent. Manière de dépersonnaliser l'affrontement et de l'amener à une dimension plus symbolique de l'éternel affrontement entre le Bien et la Mal ? Certainement. La fin, avec son interchangeabilité des rôles, venant confirmer cette hypothèse.

La touche personnelle de Sogo Ishii se situe, tout au long du film, principalement à ce niveau là. Le film prend régulièrement comme sa distance - voire son envol, littéralement - par rapport aux personnages. Des protagonistes majeurs décèdent (les chefs Heike notamment) et on ne parvient jamais à prendre partie pour celui qui est présenté pourtant comme le héros, Benkei. Ce dernier évite sans cesse l'affrontement avec Shanao et semble s'enfermer dans une politique du renoncement, de la fuite des responsabilités. Par l'occupation de Benkei, moine, et la présence très forte de religieux et de la religion, le film prend des allures parfois un peu opaques, hermétiques qui le font parfois sombrer dans la cosmologie. On ne sait jamais trop où cela mène véritablement et ces digressions font perdre au film de sa cohérence. Il en apparaît donc parfois un peu trop long.

On peut y voir également une critique de la religion comme source principale voire unique du conflit Bien/Mal. Mais sa destruction sous toutes ses formes par Shanao, semble à la fois futile et pire. Ce dernier poursuit un objectif purement égoïste et crée un culte autour de sa propre personnalité. Enfin, tous les personnages, à un moment ou à un autre, apparaissent comme manipulé par un prêtre. Benkei a son maître, les Heike suivent les directives d'un prêtre de même que Shanao. Encore une fois, l'étrange fin venant confirmer cela. Tout en apportant une touche de cynisme en faisant ressortir l'inutilité de combattre les religions tout les mettant toutes dans le même sac. Toute religion étant à la fois le Bien et le Mal à l'image de la fusion par la foudre des deux incarnations humaines du Bien et du Mal.

Film que l'on peut qualifier de chambara, Gojoe propose cependant une vision plus élaborée du monde et tente d'apporter une réflexion sur un thème difficile à aborder, la notion de Bien et de Mal. De ce mélange, en ressort un film qui laisse sur sa faim la plupart des spectateurs tout en offrant, malgré tout, un spectacle épique de qualité, foncièrement original.

© Mars 2001