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Harakiri

HARAKIRI (Seppuku)

Masaki Kobayashi, N&B, 1963

avec
Shichisaburo Amatsu    
Yoshio Aoki .... Umenosuke Kawabe
Jo Azumi .... Ichiro Shimmen
Hisashi Igawa    
Yoshio Inaba .... Jinai Chijiiwa
Akira Ishihama .... Motome Chijiiwa
Shima Iwashita .... Miho Tsugumo
Akiji Kobayashi    
Rentaro Mikuni .... Kageyu Saito
Masao Mishima .... Tango Inaba
Tatsuya Nakadai .... Hanshiro Tsugumo
Ichirô Nakaya .... Hayato Yazaki
Kei Sato .... Masakazu
Ryo Takeuchi    
Tetsuro Tamba .... Hikokuro Omodaka

On m'a tellement parlé de ce film que c'est avec une certaine appréhension (peur d'être déçu) que je l'ai abordé. Ayant déjà vu Rébellion (1967), je me doutais cependant que Harakiri ne pouvait être qu'au moins aussi bon. Et c'est effectivement le cas.

1630, le shogunat dissout des clans, mettant au chômage de nombreux samouraïs qui deviennent ronins et vivent dans la misère. L'un deux se rend dans un clan et demande à y faire harakiri. Touché par la courage du ronin, le chef du clan le prend à son service. Depuis, de nombreux ronins menacent de faire de même mais leur but n'est que d'obtenir une aumône. Les clans ne savent plus quoi faire. Le ronin Tsugumo (Tetsuya Nakadai) demande à faire harakiri dans la demeure du clan Iyi. Mais son intention est de se venger du sort réservé à son fils adoptif, lui aussi venu demander cette faveur au clan Iyi.

Tout en conservant un certain formalisme propre au genre dans la manière d'aborder son récit, Kobayashi imprime une forte volonté de réalisme et surtout s'attaque directement à la vision idéalisée du samouraï. Harakiri utilise les règles du Chambara pour faire passer un message éminemment politique et social.

Les ingrédients sont typiques du genre : lenteur du rythme, forte tension, affrontement psychologique et final sanglant. Mais là où réside l'originalité de Harakiri c'est dans le discours sous-tendu au récit. Kobayashi est celui qui cri au peuple "le roi est nu". Il détruit les mythes et se veut le porte parole des opprimés, du peuple misérable. La description crue et sans fard de la vie des petites gens n'est pas sans évoquer le réalisme du cinéma russe.

Par l'entremise de Tsugumo, il va s'appliquer à véritablement détruire le mythe du samouraï vivant selon le code de l'honneur. Il met à jour la corruption et la "façade" que représente ce code. C'est d'ailleurs à une armure vide que Tsugumo s'attaque sur la fin, montrant là sa conception du code des samouraï en tant que simple tenue d'apparat vidée de sa substance.

Les moments les plus forts du film sont certainement lorsque Tsugumo révèle la poutre dans son oeil à l'intendant du clan Iyi. Il le confond en utilisant le code. Car si le code des samouraï est effectivement une façade, il n'en reste pas moins que Tsugumo ne le remet pas en cause en tant que tel mais remet en cause l'utilisation qui en est faite par les riches et les puissants au détriments du peuple et de ceux qu'ils considèrent comme inférieurs (socialement). Tsugumo connaît parfaitement ce code est l'utilise pour confondre ses ennemis (il ne les tue pas mais les déshonore en leur coupant leur chignon). Il accepte les règles du jeu (la sincérité de Tsugumo quant à sa volonté de faire harakiri est indéniable) mais s'évertue à ce que ces dernières soient les mêmes pour tous. Utopie ? Certainement puisqu'au final, Tsugumo ne change rien à l'état des choses (l'armure qu'il avait jeté bas est de nouveau en place) mais il a réussi d'une part à mourir en paix avec lui même (son honneur est sauf) et d'autre part à instaurer le doute dans l'esprit de l'intendant du clan Iyi (il a assouvi sa soif de justice).

Harakiri est un grand film politique qui reste cruellement d'actualité. Comment ne pas voir en ses ronins miséreux des rebuts de la société, des chômeurs voire des SDF ? Des gens jetés à la rue par la décision d'un puissant et qui réclame un minimum de justice et de décence. Constat terrible magnifié par une photographie superbe. Un film à la puissance incroyablement corrosive, au rythme pesant et à la tension quasiment palpable (on touche parfois du doigt l'horreur la plus totale comme lorsqu'un ronin est contraint de se faire harakiri à l'aide d'un sabre en bois !). Je crois qu'on appelle cela du cinéma.

© Décembre 2000