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Tabou
TABOU (Gohatto)

Nagisa Oshima, 1999

avec Beat Takeshi, Ryuhei Matsuda, Shinji Takeda, Tadanobu Asano.


  Zeni / Brian Addav


Zeni : On ne peut pas dire que ce film de Nagisa Oshima n'était pas attendu! Peut-être trop même surtout par le fait qu'il revenait sur le thème de l'homosexualité déjà abordé dans le superbe Furyo. Cependant, la comparaison s'arrête là car on est loin de la tragédie de Furyo, de son ambiance malsaine et cruelle. En 1865, au Japon, dans un clan partisan de l'ordre féodal impérial, une nouvelle recrue (Sozaburo Kano, R. Matsuda) vient semer le trouble dans cette univers masculin par sa troublante beauté androgyne et son comportement équivoque. Peu d'hommes restent insensibles au charme dégagé par le très jeune homme et ceux qui ne le sont pas (le commandant et son fidèle capitaine Hijikata, Beat Takeshi) doivent faire face au désordre qui gagne peu à peu le clan. Car si c'est bien d'homosexualité dont il est question, ce n'est pas celle-ci qui est le thème central du film. En effet, ce penchant est très bien accepté par l'ensemble du clan et Kano ne subit pas de pression ou de rejet du fait de son homosexualité. C'est plutôt l'ambiance de corruption de l'ordre, de remise en cause d'une hiérarchie rigide et de relations faussées par le recherche du pouvoir et de l'amour qui est au centre de Tabou. Meurtres et convoitise. On est en fin de compte plus proche de la tragédie amoureuse que du film de sabre ou de l'exploration du thème de l'homosexualité

D'une très grande beauté visuelle, notamment en ce qui concerne les intérieurs, sonore, la musique (R. Sakamoto) mais aussi le bruitage des combats, et servit par des acteurs fabuleux, Tabou nous déçoit cependant quelque peu. L'insertion de cartons comme pour les films muets est fréquente au début mais disparaît totalement dans la dernière partie du film ce qui fait qu'on est amené à se demander rétrospectivement, l'intérêt de ces cartons. D'autre part, les personnages apparaissent plus par leur physique que par leurs sentiments et sont parfois à la limite de l'inconsistance sauf Kitano tout en ironie subtile. Mais cette inconsistance vient appuyé le caractère très superficiel du héros (Kano) dont le trouble vient uniquement de son physique et dont on ne sait rien des motivations ou sentiments, certainement inexistants. Enfin, certains parti pris graphiques apparaissent douteux ou inutile. Ainsi était-il nécessaire de vêtir de blanc Kano alors que tous les autres sont en noir? D'autre part, la scène finale nous plonge dans une rêverie d'une lectrice de roman à l'eau de rose, fumée irréelle, décor carton-pâte et couleurs vives, qui rend la chose incongrue d'autant plus que les couleurs dominantes étaient jusqu'alors le noir et le blanc. Heureusement Oshima vient conclure le film par une scène magnifique où Hijikata, d'un geste rapide et précis, tranche le tronc d'un cerisier en fleur comme on tranche une tête. On a aucun doute sur la signification de symbole de beauté de cet arbre.


Brian Addav : Dernier opus d'Oshima, Tabou, traite une fois de plus pour ce grand metteur en scène du désir. Non pas du désir brut, du désir lui-même comme dans l'Empire des Sens ou Furyo, mais de ses conséquences sur soi-même, comment l'assumer, le vivre. Sojaburo, jeune éphèbe nippon, se fait engager dans une milice chargée de la protection de la ville. Très vite, sa réelle beauté, couplée à une androgynie mystérieuse, sème le trouble au sein des hommes de la milice. Seul Hiijikata, (Beat Takeshi, tout en discrétion), second du chef, et Soji, officier de Sojaburo y sont insensibles. Sous l'œil des principaux responsables de la milice, va se dérouler un jeu de faux-semblants, de séduction, d'amour qui va vite tourner au drame. Alors que quelques hommes se disputent les faveurs de Sojaburo, et que ce dernier enquête sur un clan adverse, un homme est tué. Ancien amant de Sojaburo, toujours lui. Cela pousse Hiijikata à s'interroger plus en amont sur la vie de ses hommes. Le meurtrier appartient à sa milice, il en est convaincu. Mais qui ? Tashiro (Tadanobu Asano), l'amant " officiel " de Sojaburo, Sojaburo lui-même ? Il donne pour mission à un de ses inspecteurs de lier amitié avec Sojaburo, et de l'emmener voir des filles, pour éprouver son homosexualité. Cela aura pour seul effet de risquer la vie de l'inspecteur, agressé la nuit par un inconnu. L'inconnu perdant dans l'affrontement son couteau. Apprenant que le couteau appartient à Tashiro, Hiijikata décide de demander à Sojaburo de tuer ce dernier en respect des règles de la milice. Au final, Hiijikata, assisté de son fidèle assistant, découvrira le monstre qui se cache derrière Sojaburo, véritable responsable du meurtre. Soji, comprenant mieux la réelle nature de Sojaburo que Hiijikata, fera justice lui-même pour le clan. Ce dont il est question dans ce film, comme je le disais plus haut, ce n'est pas du désir lui-même, mais de désirer. Assumer son désir, le comprendre, le vivre. De l'équilibre interne rompu par nos désirs. Hiijikata, lui, est amoureux de son clan. Non pas au sens passionnel, mais parce qu'il est l'équilibre d'Hiijikata, sa vie. Dès l'arrivée de Sojaburo, il sent que ce dernier est différent. Qu'il est autre. Sa manière de se battre, de se faire désirer. Il sent que l'attention des hommes se focalise sur Sojaburo Kano, remettant ainsi en cause l'équilibre interne à la milice. Et le sien en occurrence. Il est face à une énigme. Il n'arrive pas à comprendre Sojaburo. Pour Tashiro, l'amant "principal" de Sojaburo, il ne sert à ce dernier que de façade. Façade d'amitié en premier lieu, puis d'amant pour provoquer le groupe, attirer sur lui les regards. Puis façade pour se dédouaner de ses crimes. Sojaburo aime tuer, aime les hommes, aime qu'on l'aime et qu'on le désire, c'est pour cela qu'il rentre dans la milice. Sa première mission est d'exécuter un traître à la milice, par décapitation. Il assume cette tâche avec fierté, chargeant son geste d'un érotisme volontaire. Il a un côté amante religieuse, dans tous les jeux de mots possibles. (D'ailleurs Inoue, un des respectables de la milice, le surnomme le petit religieux.) Ce n'est pas l'acte d'aimer qui l'intéresse mais le fait qu'on l'aime, posséder en laissant croire qu'on est soumis. Et son défi ultime, c'est d'être aimé par Soji, son chef direct, le seul qui lui résiste vraiment, et ouvertement, qui ne s'intéresse pas à lui. Pour revenir à Hiijikata, il n'arrive pas à comprendre cela, il croit simplement que Sojaburo aime les hommes simplement, il ne devine pas les réels enjeux de sa passion, il est intrigué par sa beauté. Sa simplicité de raisonnement le pousse à l'absurde, quand il essaie de pousser l'inspecteur vers Sojaburo, quand il imagine Soji amoureux de Sojaburo. A la fin il se rend compte de son erreur et du monstre que peut être Sojaburo pour les hommes de la milice... Soji lui a tout compris, c'est pour cela qu'il tue Sojaburo à la fin. La fin est très appuyée au niveau métaphore, le coup du pommier en fleur, portant le ver en lui, que Hiijikata tranche nettement, d'un seul coup de sabre, en pleine fleur de l'âge, car il n'y a pas d'autres solutions. Une incongruité dans la milice, comme l'était le pommier dans le paysage.