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The Triple Cross

THE TRIPLE CROSS

Kinji Fukasaki, 1992

avec Sonny Chiba, Kenichi Hagiwara, Kazuya Kimura, Keiko Oginome, Yumi Takigawa, Renji Ishibashi, Nobuo Yana, Yoshio Harada, Naomasa Musaka.

Un trio de gangster (Kanzaki, Shiba et Imamura) spécialisé dans le braquage de banques est mis sur une affaire par le jeune Kadomachi qui a besoin d'argent pour ouvrir un club. L'affaire semble simple mais la somme d'argent dérobée s'avère très inférieure à celle prévue. De plus Kadomachi avait décidé de trahir le trio. S'en suit une fusillade qui laisse un gangster mort (Imamura) et un autre grièvement blessé (Shiba). Le survivant, Kanzaki, est bien décidé à se venger et à remettre la main sur l'argent.

Dès le début avec le rappel des méfaits passés du trio puis le montage et la réalisation du vol, on est plongé dans l'ambiance du film de gangster classique. Les personnages du film sont d'ailleurs tous des archétypes du genre : les vieux gangsters du trio en imper et chapeau, le jeune aux cheveux décoloré, excité et arrogant, la jeune petite amie Mai du plus vieux des gangsters en folle furieuse à la tête vide, le prêteur et ses hommes, le tueur professionnel ou même Masuo, l'amie de Kanzaki incapable de supporter son travail de femme de ménage.

Mais en choisissant de traiter son film à la manière d'une série B policière classique avec tous les éléments du genre : fusillades, poursuites automobiles, trahisons et histoires de vengeance, Kenji Fukasaki cache subtilement les motivations plus profondes mais réelles des protagonistes qui sont dévoilées au fur et à mesure du film. Tous les personnages de cette comédie noire sont en fait des inadaptés à la société, des êtres désabusés, de formidables perdants et finalement des grands blessés de la vie. Ils se rattachent à des buts futiles et souvent vains pour survivre dans un monde qui n'est pas fait pour eux : Mai ne désire qu'une chose, que l'on fasse attention à elle, Kadomachi ne rêve que de promouvoir des groupes de rock dans son club, Kanzaki ne sait que braquer des banques, Imamura par sa mort ne fait que transférer ses dettes à sa femme et Shiba agonise en ne songeant qu'à sa jeunesse perdue qu'il tentait de retrouver à travers Mai.

C'est également un regard sur cette jeunesse voulant tout et tout de suite à l'image de la futilité de Mai achetant un foulard Ungaro hors de prix avec l'argent dérobé ou de Kadomachi agonisant qui dit à un jeune policier "Quel âge as-tu ? 20 ans ? Tu n'as pas honte de porter un uniforme ?". Les relations entre les différentes générations est l'autre grand thème du film, évidemment avec Mai et Shiba ou entre le trio et Kadomachi mais aussi avec cette scène étrange où Masuo envoie à l'eau deux jeunes motards arrogants et qui montre le décalage entre une génération qui a pour elle l'expérience et une autre qui prétend l'avoir.

Mais si les thèmes sous-tendus sont noirs, il n'en reste pas moins que The Triple Cross est une comédie. On pense à un autre film japonais, Minbo ou l'art de l'extorsion, qui lui aussi abordait un sujet grave sur le ton de la comédie. Ici, le sujet est moins grave ce qui fait que par certains aspects tels que les poursuites en voitures en file indienne ou la casse des véhicules de police lors de la scène finale on est assez proche d'un film comme The Blues Brothers. La subtilité en plus. Humour qui tend vers l'autodérision comme lorsque Kanzaki accumule les blessures pour finir plâtré de toute part mais qui ne peut empêcher son vieux démon de braqueur de resurgir à la vision des enseignes des établissements bancaires.

The Triple Cross est donc une excellente série B policière, une version japonaise des films de Tarantino, qui mélange avec talent la comédie, l'action et des passages plus graves parfaitement maîtrisés comme la rencontre avec la femme de Imamura ou la détresse de Mai. A voir.