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Sous les Drapeaux, l'Enfer

SOUS LES DRAPEAUX, L'ENFER (Under the Flag of the Rising Sun / Under the Fluttering Military Flag)

Kinji Fukasaku, 1972

avec Sachiko Hidari, Tetsuro Tamba, Noboru Mitani, Sanaye Nakahara, Kanemon Nakamura.

Fukasaku signe, avec Sous les Drapeaux, l'Enfer, son premier film en tant que cinéaste indépendant. Un film personnel donc, et certainement un des plus poignants et lucides films japonais sur la seconde guerre mondiale.

26 ans après la fin de la guerre, une veuve de guerre cherche à savoir comment est mort son mari, exécuté en octobre 1945. Ses recherches la conduise à recueillir les témoignages d'anciens camarades de son mari. Elle découvre alors l'horreur de la guerre dans le Pacifique.

Bien que par son sujet très différent des films de yakusas pour lesquels est plus connu Fukasaku, ce film conserve certains éléments du style de Fukasaku et contient la même opiniâtreté et violence.
Images arrêtées, détails historiques, localisations, dates et noms viennent compléter les témoignages des vétérans.
La veuve aura l'occasion d'entendre quatre témoignages différents avant de découvrir l'effroyable vérité. Chaque rencontre est l'occasion pour elle d'une part d'en apprendre plus sur cette guerre et sur son mari mais également de découvrir ce que son devenu les vétérans, dont les destins sont bien différents les uns des autres.
Outre la description particulièrement éprouvante des conditions des soldats nippons dans le Pacifique, donnant au film ses passages les plus brutaux et violents par le réalisme et la cruauté des images, Sous les Drapeaux, l'Enfer, tente de dénoncer, et y parvient, un Japon hypocrite qui rend hommage à des criminels et oublie les véritables héros. Finalement, on a là un film plus sur le Japon des années 70 qu'un film sur le Japon durant la guerre.

Chaque rencontre sert avec force le propos de Fukasaku. L'homme traumatisé vivant dans un burakamin et haïssant le Japon moderne, l'aveugle qui ne peut se pardonner sa lâcheté, le policier militaire qui tente de se retrouver et de construire sa vie au sein d'une société qu'il ne comprend pas et qui l'a oublié, ... tous montre la faiblesse de l'homme broyé par la guerre. Faiblesse qui conduit à l'abandon, au renoncement, à la trahison et finalement, le mensonge. Le talent de Fukasaku réside aussi dans son refus d'excuser ces hommes, et notamment le mari exécuté, tout en montrant du doigt le véritable coupable, un Japon impérialiste qui n'a pas disparu... Un constat lucide et tragique, sans appel.
La confrontation de la veuve avec un officier japonais, en présence de sa petite fille, sera le seul moment de vérité face aux témoignages d'hommes se protégeant par le mensonge. Le seul qui n'a pas vécu les horreurs de la guerre, l'officier, sera le seul à se montrer franc et sans remords. Cruelle ironie.
Mais chaque confrontation apporte sa pierre à l'édifice. Fukasaku évoque aussi bien les mouvements pacifistes étudiants, la jeunesse gâchée, le nationalisme nippon, le chaos de l'après-guerre, et l'hypocrisie de la société japonaise avec une image de fin de personnalités rendant hommage aux héros morts à la guerre, reprise des images qui ouvraient le film.
Si l'on peut reprocher une fin trop appuyée sur les horreurs de la guerre - images de destructions, bombe atomique, chiffres des tués,... on ne peut que rendre hommage au courage de Fukasaku d'avoir réalisé un tel film en 1972.

Avec ce film, dont on comprend aisément qu'il est été un échec public au Japon, Fukasaku démontrait qu'il n'était pas un simple réalisateur talentueux de films de yakusas mais un véritable cinéaste engagé. Ce film est un choc, une rareté au pays du négationnisme institutionnalisé.

 

Note : Le titre français ajoute un inutile "l'enfer" qui tend à faire penser qu'il s'agit d'un film sur les conditions de vie des soldats. Certes, ce sujet est largement évoqué mais ne constitue pas, à mon sens, le coeur du propos. A ce titre, on préférera le titre anglais.

© Août 2001