RICKY OH (Story of Ricky)

(Nam Nai Choi, 1991)

avec Frankie Chin, Fan Sui-wong, Ho Ka Kui, Philip Kwok, Daan Bob Chit Long, Fan Mei Sheng, Tetsuro Tanba, Cheng Chuen Yam, Gloria Yip Wan Yee, Yukari Ôshima.

5

 

Enfin ! Oui, enfin j'ai pu visionner ce fleuron du gore kongkongais. Nam Nai Choi qui à la manière de Ed Wood, a autant d'ambition qu'il a peu de moyens pour réaliser ses projets, nous offre une fois de plus (souvenez-vous de The Cat, qu'il réalisera un an plus tard avec visiblement autant d'argent) un film dont on hésite à dire s'il s'agit d'un chef d'œuvre de série Z ou d'une série Z tout court, bref un véritable navet.

Cette fois, Nam Nai Choi s'attaque au manga japonais en se lançant dans l'adaptation de Riki-oh, manga hyper-violent écrit par avec des excès qui font passer Ken le Survivant pour le prince charmant dont rêve Candy.

Dans un futur proche, toutes les infrastructures publiques sont franchisées et gérées par des entreprises privées. C'est le cas des prisons et de l'une d'entre elles où se trouve incarcéré Ricky Ho (Fan Sui-wong). Ce dernier va devoir lutter conter les bandes qui contrôlent divers blocs de la prison puis contre la direction même de la prison lorsqu'il met à jour un sombre trafic d'opium au sein de la prison orchestré par le directeur avec la complicité de certains prisonniers et l'aide des tueurs du gang des quatre.

L'ensemble du film se déroule au sein de la prison, lieu dans lequel Ricky, homme loyal et honnête révolté par l'injustice qui règne dans la prison, va affronter dans des combats d'une violence extrême divers adversaires très " typés ". Tous les personnages qui peuplent la prison sont visiblement calqués sur les personnages du manga. On a ainsi un énorme prisonnier capable de manger un bœuf à lui tout seul, un directeur - adjoint borgne dont l'œil de verre lui sert de réserve à tic-tac et dont une des mains est un crochet de métal, un groupe de quatre combattants qui sont les hommes de main du directeur et dans lequel on trouve une femme (Yukari Ôshima),… On pourrait résumer le scénario à une suite de combats sanglants atteignant régulièrement des sommets du gore : Ricky transperce à plusieurs reprises ses adversaires rien que par ses poings, énuclée un prisonnier en lui frappant derrière la tête, se fait étrangler par un autre qui utilise ses propres intestins comme corde, et on ne compte pas les passages dans un mixer, la chute sur une planche à clous, l'éventration à mains nues, … Bref, que du bien sanglant, la prison étant une sorte d'immense ring sur lequel Ricky affronte un à un les méchants avant de se mesurer au directeur métamorphosé en une sorte de Hulk loup-garou.

Nam Nai choi s'en sort relativement bien dans les scènes gore et pour retranscrire l'atmosphère très BD et on ne peut qu'admettre qu'en terme de rapport résultats/moyens, il réalise un travail admirable. Un même déchaînement gore avec plus de moyens aurait pu donner un film magnifique nettement supérieur à toutes les tentatives similaires du cinéma américain (Judge Dread par exemple), ce que de toute façon est déjà Story of Ricky. Je ne connaît pas le manga originel mais on peut penser que là où le film échoue est certainement dans l'ambiance générale et la retranscription des sentiments de Ricky. Le manque de moyen se fait cruellement ressentir sur les décors et l'imagerie très désuète et kitsch (les uniformes des policiers par exemple) ne colle pas à l'ambiance très noire et violente de la prison. Cette façon visuelle de retranscrire un manga est par ailleurs un défaut inhérent à de nombreuses adaptations cinématographiques de mangas ou comics d'anticipation ou de super - héros. Les motivations réelles de Ricky sont un peu trop éludées de même que tout ce qui concerne son passé que ce soit avec son maître ou sa fiancée. Mais le manga comptant dix volumes menant Ricky de la Mandchourie au Pôle Sud, on ne peut guère en vouloir à Nam Nai Choi de simplifier l'histoire.

Reste un film d'une grande jouissance pour tous les amateurs de gore et d'hyper violence qui mérite sa classification haut la main et qui montre qu'avec de la volonté et même sans moyens, il est possible de réaliser et réussir une adaptation au cinéma d'une bande dessinée. Il y a du génie chez Nam Nai Choi, donnez-lui des sous !