Philippe Pons : Peau de brocart, le corps tatoué au Japon (2000)

Emergeant de l'histoire culturelle du Japon, le tatoué apparaît dans ce livre, nu mais pourtant vêtu, paré de couleurs éclatantes: tout son corps n'est qu'un tableau.Un tableau sur la peau. L'auteur de cet ouvrage entreprend une sorte d'anthologie du tatouage, nous exposant non seulement grâce à de très belles photos un panorama des oeuvres de grands maîtres tatoueurs mais aussi un historique du tatouage au Japon, son évolution, et sa signification. On comprend facilement que ces beautés secrètes ont de tout temps été liées au monde de la voyouterie, de la prostitution sans doute à cause de la perversité qui pousse à offrir une partie de son corps à un tatoueur, libre de la modifier à son gré. Ce dernier, véritable artiste, crée une oeuvre unique, minutieusement construite, dont l'éclat réside en l'équilibre entre son volume, ses motifs, ses couleurs et l'anatomie du corps proposé. L'idée sous-tendant cette pratique ancestrale étant qu'après la mort la peau peut être ouverte en deux à partir du ventre, afin d'obtenir une vue d'ensemble du tatouage ainsi étendu. Nul doute que c'est un peu l'âme des tatoués que l'on conserve ainsi, pour preuve, il n'est qu'à visiter le musée anatomique de l'université de Tokyo où bon nombre de Japonais ont désiré laissé une trace de leur existence, toute dédiée à cet art. Au fil des pages, on se rend compte que le tatouage n'est pas uniquement l'apanage des yakusas mais de toutes les personnes désirant marquer une certaine marginalité faite de patience et de résistance à la souffrance. Véritable bravade, le corps tatoué semble être une histoire gravée sur la peau qui s'offre, dans son dévoilement, comme symbolique de nos mondes intérieurs.

Ségolène, août 2001

Philippe Pons Peau de brocart, le corps tatoué au Japon . Seuil /2000.