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Ring 2 : un billet de Christian

A propos de

Ring 2

Il faut dire, que dès le départ, les histoires d'enfant avec des pouvoirs, je ne trouve pas ça très palpitant. Shinning de Kubrick ne m'intéressait que dans la mesure où l'enfant et son pouvoir ne sont que les vecteurs ou plutôt les témoins de la chute mentale du père. Je suis trop sexué, trop porté sur la féminité (et ça depuis très longtemps) pour vraiment aimer les films d'enfant. Un film sans exploration féminine et masculine, sans relation sexuelle, m'ennuie. Ring 1, avec la relation femme et ex-mari, avait cette touche. En fait, tout film adulte l'a.
Ring 2 porte trop son attention sur le petit corniaud, pas bon acteur. Et puis j'aime le cinéma japonais, j'en suis fan, mais j'en ai marre de ces petits garçons avec culotte courte microscopique qui hantent le cinéma fantastique: de Gamera à, aujourd'hui, Ring 2.

Il est aussi étonnant de voir comment les suites de Ring, Ring 2, en passant par Rasen, et pour finir Ring 0:The Birth, tendent à évacuer ce qui faisait de Ring quelque chose d'original. En fait deux, trois choses. Le côté minimaliste. Rien n'est montré. Et si on y pense bien, mis à part la scènes de l'évacuation de l'eau du puits, rien ne se passe. Rien.
Mais surtout.. La modernisation du mythe. Imaginez que vous êtes un Asiatique.. Vous y êtes? Bon, voyez un peu.. Les histoire de fantômes féminins, grands et blêmes avec de longs cheveux noirs, vous en avez vu des centaine (et probablement lu aussi des centaines). Alors à quoi bon une énième histoire de fantôme femme chevelu ? C'est comme si on faisait un énième Docteur Frankenstein.. quoi on en fait ? Pitié ! Surtout qu'au Japon, ce genre a généré de véritables chefs-d'oeuvre comme ceux de Nobuo Nakagawa, qui en a fait plus d'un, ou encore le célèbre Kwaidan de Kobayashi. Si vous voulez vous amuser, faites des recherches sous le mot "Kaidan". La majorité des films de fantôme ont ce mot dans le titre.. Je crois même que c'est un genre en soit.
Comme c'est le cas avec quasiment tous les films japonais, on a tendance à les voir comme des fantasmes d'une nation à forte imagination qui met sur toile ses fantasmes (cela est vrai dans un certain sens), sans réaliser qu'ils appartiennent à des cycles plus grands qu'on ne le croit. On ne comprend pas, et je me tue à le répéter, que tous les films nippons appartiennent à des genres. Ils ne font que du cinéma de genre. Même les films d'auteurs sont un genre en soit. En fait, ils ne voient pas ça comme nous. D'un côté le cinéma d'auteur et de l'autre le cinéma de genre dont on ne parle jamais dans Les Cahiers du Cinéma. Pour eux, il y a les films A et les films B. C'est tout. Le reste n'est qu'une multitude de courants, d'écoles, de genres.. On comprendrait mieux si on suivait cette piste, une fois de temps en temps. On aime Kitano, mais à cause de la quasi invisibilité de la totalité de la production des yakuza eiga, on ne comprend pas vraiment d'où viennent les films de Kitano. On se doute qu'il fait une révolution, mais on ne sait pas où vraiment. En fait on pense qu'il s'attaque aux films policiers d'action. On est fasciné par le traitement de la violence. Par les ellipses. Mais on ne fait pas un cinéma avec uniquement des ellipses. Parce que moi, je ne vois que ça de vraiment original dans le cinéma de Kitano. Original dans le sens "invention". Parce que le reste... Kitano n'a pas inventé le cinéma de yakuza comme le croit Le Monde et les autres critiques occidentaux (Un jour je me pencherais sur le cas).
On pourrait dire qu'il se sert du genre comme support pour ses idées. Mais je crois plus qu'il ne fait, surtout au début, qu'une relecture. Son premier film devait être réalisé par Kinji Fukasaku, grand maitre du Jitsuroku (films de yakuza "réaliste" !!) avec sa série Fight Without Honor. Mais comme Fukasaku a quitté la production, Kitano l'a remplacé au pied levé. Son film, qui est une ébauche de ce que sera son cinéma, est une relecture froide, minimaliste des films de yakuza. Kitano s'amusant à délibèrément ne pas nous montrer ce que le fan de yakuza eiga veut voir. Une absence de glamour et de kitsch. Quand aux subites explosions de violence précédées de scènes calmes.. et bien, c'est une marque de fabrique du cinéma japonais. Surtout dans le chambara et.. le film de yakuza.

Donc, ici et pour nous, Ring, du moins ceux qui l'ont vu à sa sortie ou presque, donc ceux qui vont dans les festivals, a été un choc.Vraiment nouveau comparé à Scream et aux films pour ados. Pour nous, le film d'horreur est gothique, baroque. Ou encore semi réaliste comme L'Exorciste, mais avec toujours les même ficelles. Et depuis Scream, le cinéma d'horreur est aussi "ironique" et se conjuge sous des déclinaisons auto-parodiques. Donc de voir un film aussi minimaliste que Ring, avec quasiment aucun événement, mouvement ou même violence, imaginez ! Les spectateurs ont donc eu l'impression de voir un film sans artifices. Cependant, des artifices, il y en avait. De toute façon, les films de "kaidan" des années 50-60-70 étaient souvent baroques, gothiques et utilisaient plusieurs ficelles. Différentes de nos films d'horreur, mais des ficelles quand même. Ring étant directement l'héritier de ces films, tout minimaliste qu'il soit, il contient des éléments typiquement japonais et très liés à un genre cinématographique en particulier.

Le réalisateur minimise les effets, pour n'en tirer que la substance, la peur. Mais il modernise aussi les fantômes. Il modernise le mythe.
Il ancre les mythes traditionnels japonais dans une modernité tout aussi nippone. La télé, vidéo et autres objets technologiques étant bien ancrés dans la culture japonaise. À cet effet, il est bon de se souvenir que la première image vue à la télé en est une de baseball, sport importé d'Amérique.
On pourrait faire plusieurs lectures analytiques. Sans aller trop loin, je voudrais glisser un mot sur l'opposition Ouest-Est. On sait que le Japon a été replié sur lui même pendant les 300 ans du règne de Tokugawa. Qu'il ne s'est "ouvert" qu'au début de l'ère Meji, entraînant une modernisation rapide et une occidentalisation parfois à outrance. Souvenons-nous aussi qu'après la guerre, les Américains ont occupé le territoire du soleil levant. Une relation de fascination-haine pour le vainqueur s'établissant (la relation et le vainqueur..comme vous voulez) au Japon.
Prenons les films de yakuza qui sont, depuis le début du cinéma japonais, un des genres les plus présents, mourant et renaissant à tout bout de champs. Dans les années 30, les Matabi Mono (films de yakuza errant) et autres ninkyo prenaient bien soin de noter la mauvaise influence des idées occidentales. Mais avec prudence. Le héros étant toujours celui qui respectait la tradition. Mais dans les années 60, alors que le ninkyo eiga était au zénith, il était assez clair que les éléments occidentaux étaient vus d'un oeil désapprobateur. Les méchants s'habillant à l'occidental et ne croyant qu'à la valeur de l'argent (toujours associé à la décadence des valeurs et à l'Occident). Les intrigues du ninkyo se situant entre 1868 et 1940, ces subtilités passaient plutôt bien.
Donc il serait tentant de faire l'analyse selon cette lecture. L'horreur passant par la technologie, importé de l'occident (la télé y présente du baseball). Mais je ne l'évoquais que par curiosité.

Pour faire ma critique de Ring 2, il me faut parler de Ring 1 et pour cela, je ne choisirai pas cette voie. Vous savez qu'elle existe, mais je ne la choisis pas, car cela m'amènerait loin du sujet et demanderait une analyse plus en profondeur. Un autre texte quoi !
De toute façon, le baseball est si bien intégré à la société japonaise, tout comme l'audiovisuel, que l'on peut aisément y voir une modernisation japonaise (mais ne perdons pas de vue que tout les arguments peuvent être vue comme étant une certaine critique fasse à la perte des traditions générée ou non par l'occidentalisation, ou plus spécifiquement, une américanisation).

C'est cette idée qui m'a plu dans Ring. Tout passe par les artefacts modernes. Ceux de la nouvelle génération. D'ailleurs, au début de Ring, j'ai cru, l'ombre d'un instant, que nous aurions à endurer encore une fois, un sempiternel opus adolescent. Vu les deux protagonistes initiaux, en début de puberté. Mais on bifurque assez vite sur une journaliste.
L'idée d'une chaîne pirate régionale qui diffuse une étrange "émission" qui tuerait ceux qui la regarde me plaît. L'origine n'est donc pas une cassette, mais une chaîne pirate. Le film aurait ensuite été enregistré et amené en ville. Ça ressemble à une légende urbaine qui trouverait sa source dans le monde rural. La peur de la nature ? La nature qui envahit le monde technologique ? Qui sait ?
On tombe vite sur la dite cassette. Les images en sont assez frappantes. J'ai cherché moi aussi à savoir pourquoi. Le grain? Les mouvements, la répétition ou le son ? Comme le dit si bien Sieur Zeni, le son est ici d'une grande importance et je vais lui laisser cette idée. Son interprétation étant très bonne, je lui laisse.

Les mouvements répétés désincarnent les corps, semble-t-il. Ce sera réutilisé dans Ring 2 pour une des seules scènes que je trouve efficace. Les images de la vidéo, semblent faire référence à quelque chose de "naturel", incontrôlable parce que non technologique et qui puiserait son origine dans la tradition. On y voit de l'eau, une éruption volcanique. Et des caractères d'écriture, et ça, l'écriture japonaise, il n'y a rien de plus traditionnel. Et surtout de plus spécifique. Mélange de caractères chinois et japonais, il s'agit d'un casse-tête propre aux japonais. C'est donc la tradition, les fantômes du passé qui se servent de la technologie moderne. Et c'est cela qui a fonctionné pour moi.

On assiste à une recherche de solution, une quête archéologique, comme on en voit dans les films d'horreur classique, mais ici, avec des éléments technologiques. On aseptise tout, pas de monstres, de sang... Les personnages restent propres, sauf à la fin, où ils devront se salir un petit peu.
Et puis le film n'explique rien. On reste sur notre faim. Les créateurs habiles savent qu'il faut en rester là. Les solutions ne sont jamais aussi bonnes que celles imaginées par les spectateurs.

Et la fin ouvrait une nouvelle porte. La culpabilité. La morale. La technologie n'est ni bonne, ni mauvaise. Elle est venue d'ailleurs, mais on l'a adaptée. Et tout dépend comment on s'en sert. La "tradition" s'en sert pour se venger. Mais la journaliste moderne, elle, s'en sert pour sauver sa peau. On peut y voir de la légitime défense, de l'amour filiale, mais aussi de l'opportunisme, de l'égocentrisme. Le film ne répond pas à cela. Il ne pose que la question.
Et il est à noter, qu'à la fin de Ring, on ne sait pas vraiment le fond des choses. Le truc de la k7 semble être un système qui fonctionne comme une mécanique. Le fantôme ne vient pas vous chercher, il faut que vous l'écoutiez. Et si vous voulez vous sauver, il faut que vous copiez et passez la cassette à d'autres. Il s'agit donc d'un système, une mécanique. Qui continue parce que personne ne veut se sacrifier et arrêter le dit système. Mais en fin de compte, c'est l'humain, qui utilise le vidéo comme arme.
J'ai bien sûr songé à toutes les possibilités qu'offrait le fait d'avoir une telle arme. Il semble que ça n'intéresse pas particulièrement les concepteurs. J'aurais voulu dire réalisateur, mais Ring est tiré d'un roman à succès et je ne sais pas comment il l'a adapté. Mais les suites aussi sont tirées de livres. Tout ce que je sais, c'est que les implications morales, sociales sont laissées de côté. Et l'aspect technologique aussi. Pour faire place à une banale histoire de fantôme. Sadako sortant de la vidéo. Le début pourtant réserve une surprise de choc au spectateur. Morbide. Mais une fois la surprise passée, on réalise que c'est une mauvais idée. On assiste en fait à un genre d'Exorciste.

 

En fait, le film (Ring 2) se divise en deux. D'un côté les péripéties liées de la cassette, de l'autre le petit garçon qui semble être possédé par Sadako. Ou en tout cas être similaire dans ses pouvoirs. Je n'irais pas plus loin, le film partant totalement dans une autre direction. Mais je voudrais seulement spécifier qu'il y a deux scènes que je trouve très bien et un peu glaçantes.
Tout d'abord celle où le technicien qui est responsable de la mort d'une jeune étudiante, tente d'effacer toutes traces de ses contacts avec elle. En effet, il lui avait demandé une cassette lors d'un entretien. La jeune fille, l'ayant regardée, avait fait promettre au sale type de la regarder aussi. Ce qu'il n'a pas fait en omettant de lui dire, bien sûr. Lorsqu'en salle de montage vidéo, il tente d'effacer l'entretien, soudainement, l'image commence à ne plus répondre. Le sentiment d'horreur se dégage évidemment des images elles-mêmes, des distorsions et répétitions de plus en plus appuyées. Mais aussi par le fait que la technologie ne répond plus. Une scène que j'ai bien aimé, même si en y songeant plus, on réalise qu'elle n'a pas de sens et que l'on commence à perdre le fil au profit d'un film d'horreur classique.
L'autre scène qui m'a frappé, c'est lorsque nos joyeux lurons, assistent à une scènes du film maudit original, mais devant eux. Voir, exactement la même chose que les images en noirs et blanc au grain sale, mais cette fois, en couleurs, est troublant. Un peu comme si le cinéma devenait soudainement réel. On veut bien voir des choses horribles, mais à la télé seulement. Parce que la télé s'est rassurant. Parce que ça n'est pas vrai. Et on réalise qu'en fait, même les images du journal télévisé, des guerres, de la famine.. tout ça, ce n'est pas vrai... c'est de la télé !

Christian, Avril 2001