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Le Billet de Christian : Wu Xia Pian

BILLET #1 : Le Wu Xia Pian (par Christian)

Introduction | La Littérature WuXia | Les années 60 | Les années 80 et Tsui Hark | Tigre & Dragon | Conclusion | Liste

Introduction

La sortie de Tigre & Dragon, ainsi que les questionnements pour savoir si ce film est un wu xia pian ou non, m’a poussé à faire une petite introspection des films de sabres. En fait, mon amour du cinéma de genre des années 60-70, m’a bien sûr pousser à chercher dans les tréfonds des vidéoclubs, les bouquins spécialisé, les traces des films de genre Hong-Kongais.
La plupart des films connus sous le dénominateur "Wu Xia Pian" sont pour la plupart des films tournés entre 90-95. Mais lorsque l’on fouille un peu, on se retrouve face aux films mandarins de la Shaw Brothers.
On en arrive à la question, qu’est-ce qu’un Wu Xia Pian ? Dans une cinématographie basée essentiellement sur le cinéma de genre la question a une certaine importance.

En Asie, on aime le cinéma de genre. De plus certaines formes d’art sont plus que codées, exemple le Kabuki au Japon ou l’Opéra de Pékin en Chine.
Si on sait ce qu’est un western et ce qui fait qu’un film en soit un ou non, il y a des appellations plus compliquées, comme le film Noir. Blade Runner (Ridley Scott, 1982) est-il un film de science-fiction ou un film Noir? C’est d’ailleurs ce qui fait son charme à mon avis. Le mélange de genre. Imaginez commencer le film lorsque Harrison Ford pénètre dans l’appartement de J-F Sebastien (à partir de là, il n’y a plus d’effets spéciaux mécaniques et de maquettes, seulement une visions furtive et floue d’un engin de police en champs contre champs). Difficile de dire où et quand se déroule le film, n'est-ce pas ?
Les Asiatiques et particulièrement les Hong-Kongais aiment d’ailleurs ces mélanges. Ce qui passe pour un manque de rigueur pour la critique occidentale, veut dire que le spectateur en a pour son argent en Asie. Difficile de croire que le film a débuté comme une comédie lorsqu’on voit le final brutal et violent de Prodigal Son de Sammo Hung (1983).

Wu Xia Pian… Ceux qui pensent que le wuxia est un genre fantastique et rempli de magie n’ont pas tout à fait tort, ni tout à fait raison. Ceux qui pensent au contraire que c’est un genre réaliste et proche des romans de cape et d’épée ont quasiment raison et quasiment tort.. mais ceux qui pensent que ce sont des films d’action et seulement ça, eux se trompent totalement.
Il faut, à mon avis, commencer par le mot lui même. "Pian" c’est simple, ça veut dire "film". "Wu" c’est "martial". C’est "Xia" qui peut poser un problème. La plupart du temps, on le traduit par "chevalier". Mais il semble que se soit encore plus précis, que se soit en fait "chevalier errant" (c.f. l’interview de Ang Lee et James Schamus pour Magic Lantern. Voir aussi David Bordwell professeur à l’Université de Wisconsin). Voilà qui change bien des choses. Wu Xia ne serait plus le nom d’un genre d’histoires, style "histoire de chevalerie martiale" mais plutôt "histoire de chevalier martial errant". Wu Xia c’est le nom du personnage. Un film de chevalier martial errant, comme on dit un film de cow-boy.

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La littérature Wu Xia

Pour l’écrivain Taïwanais Luo Qing, le premier exemple de wuxia est un texte des "Annales du printemps et de l’automne de Zhuang Zi", qui date de 770-476 avant J.-C.
Le concept du chevalier errant serait originaire du 4ème siècle avant J.-C., mais les histoires telles que nous les connaissons seraient nées au alentour du 9ème siècle av. J.-C., période de la dynastie T’ang. Des histoires écrites par des lettrés, des histoires orales ou ballades, des poèmes etc....

Le personnage central de ces histoires qui ont fleuri tout au long de l'histoire de la Chine, serait un guerrier vagabond plein de courage et d'honneur, qui aurait de précieux dons pour le combat. Les chevaliers étaient des montagnes de rigueur et de loyauté se battant pour le "yi", le bon droit. Ce bon droit dépendant de la situation. La rétribution, la vengeance pour le "yi" sont des thèmes que tous les cinéphiles amateurs de films HK connaissent maintenant.

Il est notoire, ou du moins chacun le pense, que la corruption a souvent été un fait incontournable au court de l'histoire de la Chine. Le wuxia représente donc la rigueur dans un monde chaotique. C'est le principe confucéen de l'obligation. C'est pourquoi les histoires wuxia sont souvent des dilemmes entre les devoirs dictés par la loyauté et les désirs personnels (les films de John Woo ne racontent-ils pas que ça?). Le yi étant l'obligation. Il me faudrait plus d'un texte pour essayer d'expliquer le "yi", ou même en fait le comprendre tout à fait. Ce concept étant vague, chacun l'expliquant selon l'idée qu'il s'en fait. Mais le principe de Confucius sur lequel nous sommes certains, c'est le respect de la famille et de la nation. Le "yi", ensemble d'obligations, pourrait donc varier selon la classe du personnage ? Il est clair que le wuxia se bat souvent pour des causes autre que sa personne. Ne serait-ce que la vengeance, thème que le cinéma asiatique a utilisé si souvent.

Les éléments magiques sont aussi souvent incorporés, surtout dans les fameux "dons". Le guerrier n'est pas nécessairement invulnérable, mais il est capable de choses extraordinaires. En fait cela repose sur le fait qu'un entraînement poussé aux arts martiaux donnerait des pouvoirs extraordinaires, comme le fameux Qinggang, la capacité de sauter loin et haut. Ce Qinggang, qui choque un peu le côté cartésien des occidentaux, malgré ses représentations cinématographiques spectaculaires, est pourrait-on dire, réaliste. Ce n'est, en fait, qu'un geste fantasmé. Comme le ballet, le mime ou certaine mise en scène théâtrale, une exagération. Le Qinggang s'obtiendrait à force de pratique intensive. Les auteurs le magnifiant plus ou moins selon leur fantaisie. Les wuxia étant le modèle ultime de la croyance que tout s'obtient grâce aux efforts.

Bien sûr, le point central des histoires de wuxia, ce sont les arts martiaux. Surtout l'épée. Contrairement au Japon où seule la classe des samouraïs pouvait porter des épées, en Chine ancienne, n'importe qui pouvait en porter une et devenir un maître escrimeur. Ce fait a été plus que romanisé dans les histoires de wuxia. Devenir héros n'étant pas une question de classe sociale mais de volonté et de mérite. Il aurait hors de question à une certaine époque, qu'un commerçant puisse devenir samouraï.

Mais il y a bien d'autres types d'armements populaires. Ce que l'on peut voir dans les films des années 60-70 par exemple, ne sont pas seulement des fantasmes nés des cerveaux de cinéastes et producteurs en mal de sensations fortes. Les différents types d'armes et les façons de les utiliser sont un point important dans les histoires de ce genre. Tout le monde (surtout les fans de films de Hongkong) connaît les différences entre Shaolin et Wu Tang (d'ailleurs le dialogue entre le vieux "wuxia" et le jeune Fox dans Swordsman 1 est représentatif de cette situation).

Entrées dans l'imaginaire populaire, il semble que les histoires wuxia au cours de la dynastie Ching, au 18ème et 19ème siècles furent publiées en serial, c'est-à-dire en feuilleton dans les journaux et devinrent une littérature de masse. Il semble aussi qu'elles firent leur entrée dans l'Opéra de Pékin à cette époque (cf. les divers livres sur la question). Acrobaties et chevaliers, une recette ultra populaire que les cinéastes filmèrent souvent comme telle dans leurs films. À noter que, déjà à cette époque, les femmes étaient souvent des héroïnes dans les histoires martiales. Dans les années 20 un film mythique allait voir le jour. Vous avez sûrement entendu parler de Burning Of the Red Lotus Monastery (1928), un film d'art martial qui fut à l'origine de plusieurs films de série à cette époque. Bon, je vous mentirai pas, je n'ai pas vu ce film. S'il est difficile de voir un film chinois des années 60, imaginez ce qu'il en est pour un film des années 20.

Dans les années 50 et 60 Hongkong devint un centre cinématographique (d'une façon ironique on pourrait dire merci Mao). Vous sachez qu'il y avait deux cinémas : le cantonais et le mandarin. Outre la comédie, les films d'opéra, il y avait des films fantastiques inspirés des contes et légendes, comme Enchanted Shadow, une histoire de fantômes qui eût un très grand succès en 1960. Il y avait la série des Wong Fei Hong et les wuxia cantonais. Ces wuxia mettaient l'emphase sur le côté fantaisiste de la chose. Les guerriers s'affrontaient avec des pouvoirs et moult armes toutes plus délirantes les unes que les autres. Certes, les effets spéciaux étaient primitifs, et il semble aussi que les scènes d'arts martiaux aient été tournées de façon trop théâtrale, trop proche de l'Opéra de Pékin. C'est du moins ce qu'en disent ceux qui seront à l'origine d'une révolution qui aura des conséquences inimaginables sur le cinéma Hong-kongais.

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Les années 60

Voici un extrait d’un entretien avec Lui Chia Liang (c’est en anglais désolé ) :

" Before Bruce Lee, Shaw, seeing the great success of samurai movies with the Hong Kong audience, asked Chang Cheh to put many elements of those action movies into his own -- the nickname "kung fu movies" didn't exist yet -- while at the same time exalting Chinese heroism. Thus, there was this hero, who while he was holding his guts in one hand, was still fighting anyways! The audience loved these heroes who didn't die! The mood was very Japanese. "

Selon les entretiens avec Liu, King Hu ou Chang Cheh (cf. Hong Kong International Film Festival pour lequel un intéressant dossier "The history of Sword Movies of Hongkong" fut publié dans le catalogue du 5ème festival), il est évident que le succès des chambara de la DAEI, dont Zatoichi, traumatisa plusieurs personnes en Asie. Les patrons de la Shaw Brothers entre autres. Les films de Zatoichi étaient réalistes dans leur reconstitution de l’époque, proposaient des drames et des personnages forts et surtout, des scènes d’actions rapides et haletantes. Ils n’eurent pas besoins de casser des bras, les réalisateurs aussi étaient impressionnés. Bien entendu, Liu Chia Liang prétend que c’est en voyant son travail de chorégraphe dans Jades Bows que les patrons de la Shaw Brothers eurent l’idée de faire un wu xia pian différent, il dit aussi qu’ils vinrent le chercher, les réalisateurs tel que Chang Cheh, n’étant pas cantonais, ne pouvaient pas comprendre les arts martiaux... Sacré Liu, toujours aussi mauvaise langue . Je suggère qu’un éditeur réunisse les entretiens de Liu chia Liang de 1960 à nos jours, des heures de plaisir. Quelle joie de le lire en train de dire du mal de Bruce Lee, Chang Cheh, Jet Lee, les mandarins, les étrangers... Et quelle joie de savoir qu’il a inventé les films de kung-fu à lui tout seul.

Mais on ne peut nier le talent. L'un n’empêchant pas l’autre, Liu chia Liang fut le chorégraphe de Cheh, mais c’est King Hu qui fit le premier pas. D’ailleurs lorsque l’on compare Jade Bow à Come Drink With Me, le doute n’est plus possible. En réaction aux wuxia cantonais, ceux produits par la Shaw Brothers seront violents, sérieux et surtout mieux tournés. Totalement inspirés par les chambara, les réalisateurs chercheront la meilleure façon de tourner. Plus question de planter sa caméra devant une troupe d’artistes martiaux. Les scénarios balayant les aspects fantastiques seront concentrés sur les gens d’origine modeste plutôt que les riches seigneurs. Des chevaliers et des femmes tourmentés, torturés vivant des tragédies. Vengeance serait le mot clef.

King Hu, un lettré passionné d’histoire ancienne, réalise des histoires complexes et souvent centrées sur les femmes. Mais Chang Cheh, quant à lui, décide que ses films seront concentrés sur les hommes. Il faut savoir qu'à l’époque, les femmes sont les vraies stars du cinéma de HK. Chang Cheh fera un cinéma viril et proche du sado-masochisme. One Arm Swordman est le premier film à franchir la barre du million. Pour plusieurs, il est le premier film moderne d’arts martiaux, à cause de ses scènes d’entraînement et sa violence. Quand Cheh tournera une suite à Come Drink With Me, il se concentrera non pas sur le personnage de Cheng Pei Pei, mais sur celui de Wang Yu, un amoureux torturé. King Hu avec son Dragon Inn Gate fera le premier film à dépasser le cinéma US. À cette époque, et à cette époque seulement, le wu xia pian est numéro 1 aux box-office. Les dix premières places sont prises par des wuxia.. Mais déjà Chang Cheh veut changer. Il veut se concentrer sur le vraies techniques martiales. Avec Vengeance, il bifurquera vers le cinéma de combat à mains nues. Les Wu Xia Pian n’étant pas toujours une débauche d’action (les films de King Hu, Thundering Sword, Assassin), les producteurs pressent les réalisateurs d’accélérer le pacing (rythme). Bruce Lee sera le coup de grâce. King Hu s’exilera à Taiwan pour réaliser le long et lent A Touch Of Zen. Les Wu Xia Pian n’ont plus le succès d’avant.

"When the tragi-romantic wu xia pian genre is replaced by other trends, his films move into a dead end, and they no longer trigger the imagination of the audience". Tian Yan, tiré de "The fallen Idol" - Zhang Che dans le catalogue du 8ème Festival International de Hong Kong.

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Les années 80

Patrick Tam tentera un wuxia avec The Sword, un hommage aux films des années 60 où les valeurs de la chevalerie seraient passées à la moulinette. Une tentative similaire à celle de Ching Siu Tung quelque années plus tard (il était le chorégraphe du film de Tam) avec Duel To The Death qui pousse assez loin le visuel traditionnel.
Duel To The Death aura d'ailleurs un certain succès, surtout j'imagine à cause de ses interprètes Tsui Siu Keung et Damian Lau qui sont alors des vedettes du petit écran. Parce que outre ces deux films et quelque autres qui ne sont pas passés à la postérité (disons plutôt qu'ils n'ont pas traversé la mer), les histoires d'épées se retrouveront à la télévision. Une multitude de séries à propos de chevaliers, de leurs histoires d'amour et leurs épées seront et sont encore présentées au travers des tubes cathodiques. Mais tant qu'à parler de films d'épée, je propose donc de me pencher (et vous avec moi) sur le cas du gars qui semble être à lui seul l'illustration de l'évolution du films de sabres, Tsui Hark.

Tsui Hark

Ce type est bizarre. On dirait à la lumière du recul, qu’il a essayé de refaire, à lui seul, toute l’évolution du wu xia pian. Lorsqu’il réalise Zu, il créera une révolution. Il donnera aux films fantastiques des effets spéciaux dignes de ce nom. Il rendra hommage aux films fantastiques des années 50 et aux Wu Xia cantonais. Il est véritablement l’instigateur d’une mode qui se propagera jusqu’en occident. A savoir, les films aériens. Il produira A Chinese Ghost Story, un joyeux "patchwork", et la trilogie Swordman. Le premier film qui était censé donner sa chance aux vieux routier King Hu (ça ne marchait pas, il semble que le vieux Hu aurait été trop lent). Je trouve pour ma part que le premier film est quand même proche du wuxia. C’est comme un film de Hu avec plus d’action auquel on aurait coupé chaque scène de la moitié de sa longueur. Un Dragon Inn Gate sous speed. Ce que fera Tsui Hark en produisant le remake du dit film. Tout le monde se lance dans le Wu Xia Pian hystérique et volant. Trop c’est comme pas assez. Trop de films identiques en même temps. Une fois de plus un cycle du wu xia pian semble se terminer. On produira alors des films comme Iron Monkey, Evil Cult ou The New Legend Of Shaolin. Si vous y pensez bien, c’est assez similaire à ce qui s’est passé vers 1970-71. Et c’est ici que Hark nous surprendra encore.

En 94, Daniel Lee donne une adaptation de One arm Swordman plus qu’intéressante. Mais c’est Tsui Hark, qui après avoir rendu hommage aux vieux films des années 50, après avoir transformé le wuxia en spectacle haut en couleur, fera exactement la même chose que les cinéastes mandarins des années 60 qui, en réaction contre les films fantastiques, firent des films brutaux, lents et plus réalistes.
Il fera The Blade. Comme King Hu qui refusait d’utiliser les câbles (cette technique est déjà utilisée dans les années 50) et voulait surtout utiliser le montage pour ses effets, Tsui Hark refuse les effets spéciaux. Son monde est brutal, respire le réalisme. Pas tant au niveau des faits et des costumes que de la chair et du sang. On s’y croirait. Un film qui nous parle des vrais sentiments et de la vraie chair, des vraies tripes… Le One arm Swordman de 95 à la même volonté de tout effacer sur son passage que celui de 1965. Il possède le même coté révolutionnaire. A noter que le look The Blade sauvage, humide, barbare influencera plusieurs films asiatiques comme Gojoe de Sogo Ishii. Ou dernièrement, la suite tant attendue de Gingko Bed de Je-Kyu Kang, sortie il y a peu de temps, avec une texture similaire à celle du film de Tsui Hark.

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Tigre & Dragon

Ce qui a choqué plusieurs personnes, c’est que le film ne se déroule pas dans un monde magique. Mais un monde qui semble une reconstitution réaliste de la Chine de la dynastie Ching ou Qing si vous préférez, un film historique. Les combats aériens ne sont donc pas à leur place dans ce contexte. Mais c’est exactement l ’essence du Wu Xia Pian des années 60. Ces films étaient réalistes. La seul chose qui pouvait donner un aspect magique était les combats. Mais les personnages étaient des humains normaux.. sauf qu’ils pouvaient sauter haut et loin, faire le Qinggang. Comme dans Tigre & Dragon. C’est la seule chose surhumaine qu’ils peuvent faire. Le film de Ang Lee est une adaptation d’un livre du 20ème siècle (des auteurs comme Louis Cha, un Taïwanais, ont été adaptés plusieurs fois au cinéma. Il est drôle de voir que le Wu Xia Pian a préféré s’inspirer d’auteurs contemporains de la diaspora plutôt que des histoires traditionnelles de Chine).

Conclusion

En conclusion, films de sabre serait plus juste que Wu Xia Pian comme appellation. Si je n’ai jamais été un fan des films d’arts martiaux, les films de sabre japonais et les films d’exploitation, eux, sont ma tasse de thé. Le western aussi. Il est donc normal que les films de sabres mandarins des années 60 et leurs dérivés m’intéressent. Voici donc quelques films que je considère comme mes classiques. À cause de leurs qualités, des sentiments qu’ils provoquent (j’aime me retrouver dans certains univers. Comme tout le monde j’aime parfois fuir certaines réalités et l’atmosphère de certains films sont comme une seconde maison pour moi). Certains films sont véritablement des classiques, d’autre des séries B. Mais cette liste n’engage que moi

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Liste

  • Come Drink With Me de King Hu, 1965.

Le fils d’un dignitaire se fait enlever par des bandits. C’est Golden Swallow, une jeune femme d’épée qui est chargée de la dure mission de faire le médiateur… ou bien de les massacrer 1 par 1. Ce film est une date (sauf pour Liu chia Liang qui proclame que c’est son travail de chorégraphe sur Jade Bow qui a tout changé). En effet King Hu, impressionné par les Zatoichi et autres chambara comme Yojimbo, décide de re-looker le wuxia. Hu, lettré et amateur de peinture, clame que c’est la tradition chinoise qui l’inspire le plus, mais il est certain que les chambara avec leur rythme lent, leur scénario et leur atmosphère pesante ont inspiré les new-wuxiapian. Hu impose donc son style de tournage et de montage si influents. Au lieu de planter sa caméra et de filmer les combats comme le faisait la plupart des réalisateurs de films d'arts martiaux de l’époque, il cherche un moyen, par le montage de rendre les combats dynamiques. Hu est aussi un roi du suspense et de l’atmosphère. Témoin, l’introduction du personnage de Golden Swallow dans… une auberge. Autre belle trouvaille, une danseuse du nom de Cheng Pei Pei qui va devenir le prototype de la femme d’épée et plus tard de la femme d'action. Il faut dire qu’à l’époque, les femmes sont toujours le point central dans le cinéma Hong-Kongais, ce qui va énerver un jeune metteur scène du nom de Chang Cheh.

  • Trail Of The Broken Blade de Chang Cheh, 1966.

Un jeune homme joué par Wang Yu ayant vengé son père tombé dans un traquenard, doit se cacher et se faire passer pour un serviteur dans une auberge. Un jeune "swordman" tombe amoureux d'une jeune fille qu’il a sauvé des mains de bandits. Il se trouve que la jeune fille est la petite amie de Wang Yu et ne se considère pas libre. Par honneur et sûrement par amour, le jeune homme part à la recherche de Wang Yu. Pendant ce temps le chef des bandits, blessé, retrouve son père qui se trouve être le chef d’un redoutable clan de malfrats.
Ce film est loin d’être un chef-d’œuvre, mais si je l’inscris dans ma liste c’est que j’aime vraiment ce film. Tout d’abord parce qu’il est représentatif d’une époque révolue avec ses décors peints (pas toujours, mais souvent, le reste se filmant aux alentours du studio), sa lumière et son mélodrame m’entrouvrent la porte d’un monde perdu que je n’ai malheureusement pas connu. La gloire de la Shaw Brothers et ses mélodrames.
Il est également typique des wu xia de l’époque. Chang Cheh venait d’écrire un succès avec Twin Sword (la suite de Temple of the Red Lotus un wu xia avec Wang Yu), The Lute and The Sword et venait de diriger Heroics Trio (tous avec Wang Yu). Le film a beaucoup vieilli.
Ceux qui ne jure que par l’action risque d’être déçus, hormis deux petits combats au début, l’un dans une cour, l’autre dans… une auberge, la majorité du film se déroule entre la dite auberge et la chambre de Wang Yu. Le jeune chevalier errant tentant de faire avouer à Yu qui il est. Ce dernier imaginant avec raison, que l’autre fait sûrement tout ça par amour, décide de ne rien dire. Tout le film est là.. jusqu'à ce que Yu décide d’aller tuer tous les malfrats à lui tout seul. L’action chez Cheh est encore plus inspirée par les chambara. Elle est surtout constituée de carnages. Un type contre plusieurs, qui tape comme un fou dans le tas de chairs. Seul le duel final ressemble à des arts martiaux plus chinois. Cette recette sera celle de quasiment tout ses wu xia pian.
Comme je le mentionnais plus haut, à cette époque, les femmes tenaient le devant de l’affiche. Cheh lui, décide que non, ce sera les hommes et leurs amitiés viriles qui seront sur le devant de la scène. La femme étant souvent le prétexte mais jamais le centre d’intérêt. Trail of The Broken Blade contient tout ce qui sera la marque de fabrique de Cheh, mais à plus petite échelle. Les fans d’action peuvent trouver ça lent, mais n’oublions pas que nous sommes dans les sixties, alors que les films d’action ont tendance à étirer le plus longtemps les scènes, en faisant la mise au point sur de multiples détails que l’on jugeait inutiles auparavant. C’est ce qui a fait la marque des western italiens, des chambara et des Wu Xia Pian.

  • One Arm Swordman  de Chang Cheh, 1967.

    Premier film à avoir fait plus d’un million au box-office. Souvent considéré comme étant le premier film d’art martiaux moderne à cause de ses scènes où s’entraîne le héros manchot et de sa violence (le massacre final)…. Prenez une part de chambara japonais, une part de Sergio Leone avec une dose d’opéra chinois, mixé le tout avec moitié réalisme, moitié fantasme et vous avez le succès du manchot vengeur. Car là où King Hu tisse de longues toiles complexes avec des complots et des scènes de suspense, Cheh mélodramatise au maximum. Wang Yu fait merveille dans ce genre de rôle, avec son air de chien battu. Plus en tout cas dans celui du chinois nationaliste casseur de japs. On joue ici sur l’attente incroyable de la vengeance (cette recette est si populaire, qu’elle est appliqué à la majorité des films d’arts martiaux). Et le public n’a pas été déçu.

  • Assassin de Chang Cheh,  1966 

    Un film qui prend sa source dans l’histoire de l’homme qui tenta de tuer le premier empereur et dans divers chambara comme Samouraï Assassin. Un jeune pauvre, excellent dans l’art de l’épée mais qui souffre de sa condition est mêlé dans des histoires pathétiques qui le dépassent. Ici on est en pleine tragédie. Une cadence et un déroulement très japonais (Cheh revenait du Japon où il avait fait des repérages). Quelque scènes d’épée au début pour montrer la force du héros, ensuite plus rien jusqu’au massacre final. Cheh s’attarde sur le jeune héros (devinez qui l’interprète ?) qui se dirige vers une mort certaine en parfait crétin. Pathétique est le mot. Il faut le voir totalement subjugué par les manières du riche ministre qui va lui confier cette mission finale. Plus tard il tentera de reprendre ces manières et de copier les soirées fastueuses, accompagné de jeunes filles jouant de la musique. "C’est comme ça qu’ont fait, nous les hommes riches" dit-il à sa petite amie, qui s'en balance complètement. Étant plus futée et commençant à saisir l’horreur de la situation. On ne s’ennuie pas, car voir un personnage s’enliser à ce point est un suspense efficace. Avec ses yeux de cockers et sa gueule ouverte, Wang Yu prodigue un air ahuri et décidé. Monomaniaque tragique, il va jusqu’au bout de ses décisions, mais n’en voit jamais la finalité. Le mélange de ses deux attitudes, la volonté et l’ahurissement, fait peine à voir. Bien sûr, on conclu le tout dans le sang.

En passant, il y a un fantasme que j’ai toujours eu en voyant les westerns, entre autres. Je me demandais de quoi aurait l’air l’impact des balles sur les indiens torses nus. Les personnages tués par balle ou par une épée dans les films occidentaux sont toujours habillés. Mais pas dans les films de Cheh. Déjà dans Trails Of The Broken Blade, on pouvait voir des couteaux plantés dans les ventres nus. Bon, il n’y a pas de ça dans Assassin, mais Wang Yu s’ouvre quand même le ventre de gauche à droite… Ensuite on assiste aux commentaires descriptifs de ses ennemis : " OUAH il se tord les intestins ! ! ". Il semble en tout cas que Cheh se soit posé les mêmes questions que moi….

  • Golden Swallow de Chang Cheh, 1967 ou 1968.

    Quand la Shaw Brothers demande à Cheh de faire une suite à Come Drink With Me, Cheh n’est pas très chaud. Les histoires de filles ne l’intéressant guère. Il va donc mettre le focus sur Silver Roc, un chevalier errant amoureux de Golden Swallow, qui pour attirer son attention ne trouve rien de mieux à faire que de massacrer plein de gens. D'accord, ce sont des méchants, mais il fait croire que c’est elle qui fait tout ce bataclan pour la faire sortir de sa tanière. La caméra de Cheh est de plus en plus inspirée : ralentis, caméra à l’épaule… Histoire de gars torturés qui étouffent d’amour.. c’est bien évidemment Wang Yu qui s’y colle.

Voici deux films que j’aurais aimé mettre dans ma liste, mais je ne peux pas. Mais je donne quelques mots d’explication.

  • Dragon Inn Gate de King Hu, 1968. Je n'ai pas pu voir le film en entier. Mais on est loin du remake des années 90. Hu exilé à Taiwan pour des questions de décors, d’argent et de production, donne sa version de James Bond. En effet, James Bond est un des rares phénomènes étrangers à HK qui a toujours été populaire. Même dans les années 80 ou le début 90, alors que le cinéma HK n’avait de place que pour la production locale, James à toujours flirté avec les premières positions du box-office. Hu décide de montrer que les espions ne sont pas si glamour que ça, qu’en Chine il y en avait, qu’ils étaient tout à fait humains et pas invincibles (mais ils font quand même le Qinggang, mais ça tout le monde avec un peu de pratique pourrait le faire). Encore une fois, l’action se déroule pendant la dynastie Ming et prend le temps le temps de s’Installer. Ce film est plus que difficile à trouver. Je le veux, donc avis aux chanceux qui ont le dit film en leurs mains.
  • One Arm Swordman Return de Chang Cheh, 1969. Putain, ce film semble avoir influencé la planète. Autant le cinéma de Lone Wolf en passant par les films de kung-fu, que les jeux vidéo. En effet, l’OAS (on va faire comme ça maintenant, pour simplifier les choses : One Arm Swordman = O.A.S. ok ?) a juré de ne plus se battre. Mais on veut l’obliger à participer à un tournoi de baston générale. Alors on s’en prend à ceux qu’il aime. Il devra donc affronter dans sa fureur vengeresse les 8 dieux de la mort. Soit 8 guerriers avec chacun leurs techniques personnelles. Qui n’a pas déjà vu ce scénario dans un film de kung-fu ou un jeux vidéo ? Je n'ai pas pu mettre la main sur une copie... Mais il a la réputation d’être plus violent que le premier.

    Visiblement Chang Cheh désire prendre un virage d’action. Il tournera en 1969 Vengeance, un des premiers films de kung-fu. Souvent en interview, il dit avoir été fasciné par les techniques de combats et qu’il avait le projet de filmer et rendre ces techniques à l’écran. Le wu xia pian ne le tente plus beaucoup, bien qu’il tournera Have Sword, Will Travel ou Wandering Swordman. Dans une interview donné à Taiwan plus tard, il dira qu’il souffrait du fait que le public l’avait enfermé lui et King Hu dans une recette toujours identique. Le réalisme apporté aux films d’épées, il voudrait l’appliquer encore plus profondément. Fasciné par les techniques de combats à mains nues, par le mouvement et pressé par les producteurs de faire des films plus rapides que ceux de Hu, il prendra un virage plus violent encore. Petit à petit il abandonnera aussi son ton mélo-tragique avec les Five Deadly Venom pour quelque chose de plus léger.

    Vous avez remarqué que seul les films de Cheh et Hu sont dans ma liste. J’aurais pu nommer Thundering Sword, The Chase, Fast Sword, The Invincible Sword… mais je ne sais pas. Si ces films m’ont procuré bien du plaisir, aucun ne ma fait l’effet des wu xia de Cheh et Hu. J’ai l’air de suivre une liste prise dans n’importe quel bouquin ou magazine ? Ouais je sais, mais il semble que tous ont aimé la même chose que moi. Surtout ce film là…

  • A Touch Of Zen de King Hu 1970 (ou 1971 paraît-il).

    Ce film est un monument. Les films de King Hu sont souvent construits de la même façon : une intro historique, un complot ou une action politique, ensuite on nous présente les personnages principaux et comment ils sont touchés par cette action politique. Cette première moitié est souvent sans action. Ensuite Hu cantonne souvent ses personnages dans un lieu fermé où il laisse les tensions et autres problèmes bouillirent jusqu'à la débauche d’action. A Touch Of Zen a tout cela, mais seulement au trois quarts du film. Il semble que l’équipe de tournage soit arrivée avant le début du film. Parce que pendant 1 heure on suit un personnage un peu naïf, un jeune lettré qui vit avec sa mère et qui est témoins de phénomène étranges et réalise que son village commence à être habité par d’étrange personnages. Pendant 1 heure on est beaucoup plus dans un film de Hitchcock que dans un wu xia pian.

    Ce n’est qu’après cette heure que les film de Hu traditionnel commence : complot, politique et action. Tout se rejoint dans les ruines d’un fort abandonné pour une bagarre générale digne d’un climax final. Mais alors que la fin semble inévitable, un nouveaux film commence… loin du lieu unique, loin des complots politiques et loin de certains personnages… un film tout en combats et en spiritualité, proche de l’abstraction bien souvent. Un grand film tous genres confondus et surtout une manière de faire plus trop à la mode.. prendre son temps pour installer le film.
  • The New One Arm Swordman (La rage du tigre).

    À mon avis le dernier grand Wu Xia Pian de Chang Cheh. Différent de ses films des années 60, Cheh semble avoir voulu réactualiser le wu xia pian en lui donnant la teneur et la forme des films de kung-fu des années 70. Plus un "remake" de son propre classique qu’une suite, ce film est donc une des nombreuse variation sur le thème de L’OAS.

    À cette époque, ce qui est populaire, ce sont les films de Bruce Lee. Films qui sont centrés sur des techniques de combats à mains nues qui se veulent réalistes. Il faut bien comprendre la différence, dans les années 60, les films d’arts martiaux, peu importe le nom qu’on leur donne, sont des "swordplay movies". Les techniques de kung-fu sont le centre des films des années 70. Il se fait encore des films de "sabre", mais on remarquera que bien souvent les héros abandonnent l’épée pour régler "ça" à mains nues. Chang Cheh quant à lui, se tournera vers un cinéma moins réaliste, mais très "kung-fu".. et de moins en moins tragique. La rage du tigre est, pour moi, son dernier film dédié à l’épée. Comme s'il avait voulu refaire un de ses films des années 60 à la saveur action. Tous les thèmes y sont, des scènes que l’on pouvait voir dans Assassin, Trail of The Broken Blade etc… mais à la puissance dix. La scène du pont, est l’une des meilleures scènes de massacre de ma collection.
  • Valiant One de King Hu, 1975 .

    Le dernier vrai film de sabre de Hu. Le film, comme à l’habitude, commence par une mise en contexte historique et des décideurs politiques en train de.. décider. On nous présente aussi les personnages petit à petit. Sauf qu'ici, pas trop de "blabla" . Les personnages ne seront définis que par les actions et les gestes qu’ils feront. "Tu es ce que tu fais" semble être le leitmotiv du film. Je dois avouer qu’au début j’avais de la difficulté à entrer dans le film, les personnages assez nombreux n’ayant pas de passé ou simplement d’histoire. Mais au milieu du film je me suis rendu compte que le suspense fonctionnait et j’ai bien été forcé de réaliser que j’étais dedans et que les personnages existaient dans leurs univers propre. C’est toute la force de Hu. On connaît l’intérêt qu’il porte aux personnages féminins. Ici, la figure héroïque, est un couple, époux et épouse. Avouez qu’il est rare de voir tout simplement un couple uni. Ils ne se rencontrent pas dans ce film, ils ne se sépareront pas, ne se tromperont pas, ne se chicanent pas.. pas de dispute, pas de duel entre eux. Ce sont deux épéistes de valeur qui vont de paire. Je dois admettre, que c’est le rêve du petit garçon parfait.. une petite amie qui est aussi son partenaire d’aventure.

  • Last Hurray For Chivalry de John Woo, 1978.

    Woo rend hommage à celui dont il a été l’assistant à ses débuts et dont l’influence a laissé une empreinte indélébile sur son œuvre : Chang Cheh. Film d’action sympathique qui, sans être un chef-d’oeuvre, représente bien ce que j’aime du cinéma HK des années 70. J’aime aussi le cheminement… Un jeune seigneur dont la famille entière a été décimée, engage deux valeureux "swordmen" pour le venger. Une histoire classique de loyauté, d’amitié et de vengeance.

  • The Sword de Patrick Tam, 1980.

    Un jeune homme d’épée recherche un légendaire sabreur dans le but de le provoquer en duel pour asseoir sa réputation. En chemin il croisera un collectionneur d’épées rares à la recherche d’une épée maléfique que le légendaire sabreur a en sa possession. Pour son premier film Tam revisite le film de sabre des années 60. Au niveau formel, le film est très proche de ses modèles. Mais le scénario démontre la vacuité des quêtes de la chevalerie. Quête de la gloire, quête d’objet. Ici la spirale de la gloire est tragique.. un bon sabreur attirera jalousie et défis. Lorsque le héros, enfin, réussi à atteindre son but, il n’éprouve bizarrement aucune joie. Quant au collectionneur, il est pathétique et misérable. Les épées sont représentées pour se qu’elle sont : des objets de métal coupant. L’épée réputée magique l’est-elle vraiment ? Porte-t-elle malchance ? Ou tout simplement est-ce le comportement des héros qui fait s’abattre le malheur et la tragédie. Un film mélancolique qui prouve encore une fois qu’il est possible d’être profond tout en délivrant un spectacle digne de ce nom. En effet, les chorégraphies du débutant Ching Siu Tung sont magnifiques. Plus sobres au début, les combats deviennent de plus en plus spectaculaires et le duel final est, pour moi, un classique.

  • Duel To The Death de Ching Siut Tung, 1983.

    Deux écoles d’arts martiaux, l’une chinoise et l’autre japonaise s’affrontent dans des duels cycliques dans le but de déterminer qui est la meilleure. La trame de départ est un peu absurde. Il est peu probable que ce genre de duels n'aient jamais eu lieu. Le Shogun interdisait tout commerce officiel avec l’extérieur. Mais peut importe la véracité historique, le fil de départ simple (certains diront simpliste, mais je ne suis pas d’accord) fait figure de métaphore. Ching Siu Tung reprend ici quasiment le même constat que le film de Patrick Tam, à savoir que la recherche de gloire est absurde, mais en y ajoutant la question nationaliste. Si il est évident qu’il penche plus du côté des chinois (Les Japonais sont jaloux du kung-fu chinois), il est quand même assez "fair-play". Ce qui est assez rare à HK. Les deux personnages principaux étant quasiment chacun, le reflet de l'autre. Et la fin prouve que rien de bon ne peut sortir de tout cela. Seul un moine Bouddhiste au début semble faire acte de lucidité, les autres personnages voulant à tout prix ce duel. Les deux sabreurs étant manipulés par les autorités, les vieilles générations etc... Les combats, quant à eux, sont hallucinants. Aériens, ils reprennent toutes les particularités des films des années 60 mais ils sont poussés plus loin, beaucoup plus loin. Certaines idées fantaisistes deviendront la marque de fabrique de HK aux yeux de beaucoup d’occidentaux.

  • The Romance of Book And Sword de Ann Hui, 1987 

    "J’ai essayé de combiner une fable sur les ironies de l’histoire et les aléas du pouvoir avec un wu xia pian, mais je me suis retrouvé entre les deux" dit Ann Hui à propos de son film.

Un film oublié et sous-estimé. Le projet de Ann Hui est ambitieux. Replacer le wu xia pian dans un contexte et un environnement chinois. Le Wu Xia Pian s’est réalisé surtout à Hongkong et à été souvent tiré de roman écrit à Taiwan, comme c’est le cas de La légende du livre et de l’épée de Louis Cha (Eagle Shooting Hero et Swordman). Les Wu Xia mandarin des années 60-70 étaient tournés dans les studio de la Shaw Brothers et ceux de King Hu comme Dragon Inn et A Touch Of Zen à Taiwan. Mais dans les années 80, dans le but de détendre les relations entre HK et la Chine, cette dernière a ouvert ses portes à quelques réalisateurs. Ann Hui, désireuse de tourner un wuxia dans les terres d'origine de ces mythes, va mettre sur pied ce projet peut-être trop grand pour elle. Tourné en 10 mois avec une équipe mixte, ce film vaut vraiment beaucoup mieux que ce que le public HK et les fan de films HK en disent.

Un jeune chef de la société du Lotus Rouge apprend que l’empereur qu’il tente d'assassiner est en fait son frère… Tourné de façon quasi documentaire, le film tente de saisir toute la teneur des nuits bleutées ou des notes de musique des chants traditionnels ainsi que les difficultés d’une lutte fratricide. Les combats ont donc une teneur réaliste… Mais comprenez moi bien. C’est un wuxia pian traditionnel tourné de façon documentaire et lente. Mais tout les éléments y sont : les guerriers sont capables des exploits martiaux habituels comme les sauts extraordinaires, les pirouettes inhumaines. Les cavernes mystérieuses, les armes bizarres.. tout y est mais replacé dans un décor naturel. En fait "naturel" est plus approprié que "réaliste". Au lieu du studio et des effets spéciaux, on a un paysage grandiose et les prouesses sont simulées par le montage ou des effets mécaniques et naturels (trampoline par exemple). Ce qui donne un effet de réalité… Ann Hui s’intéresse à la reconstitution des coutumes, des costumes et nous donne à entendre les musique et chansons traditionnelles de chaque région visitée. Elle s’attarde sur les peuplades du désert, les nomades bien souvent musulmans qui parcouraient les steppes et les régions chinoises reculées. De voir des musulmans dans un film chinois peut déconcerter. Ce qui a troublé un public habitué à des wu xia pian plus "fake". Ce film à été quasi fatal pour Hui. Il serait temps de redécouvrir cet ambitieux wuxia, un film tourné en deux parties qui est aujourd’hui quasi oublié.

  • Swordsman réalisé par " un paquet de monde " en 1990.

    Le projet de base était de donner une chance au grand réalisateur qu’est King Hu. Mais le type en question est d’une autre époque. Trop lent, trop méticuleux, il sera remercié par le producteur, Mister Tsui Hark qui gardera quand même son nom au générique. Au contraire de plusieurs personnes, j’aime beaucoup le premier, même que c’est parfois mon préféré. Cette histoire à propos d’un parchemin mystérieux et des nombreuses factions qui le recherchent doit beaucoup aux films de Hu. Adapté de Louis Cha, un auteur de Taiwan contemporain qui a été source d’inspiration pour plusieurs réalisateurs, ce récit fait de complots, de trahisons et de combats, est proche des films de King Hu et des histoires classiques. Sauf qu'ici, tout est plus rapide, plus exagéré. King Hu aurait certainement pris son temps pour mettre en place l’atmosphère, les personnages, il aurait peut-être attendu pour mettre en scène les combats. En fait j’ai comme l’impression que chaque scène est coupée de moitié et compressée. D’ailleurs la première fois que j’ai vu le film, j’ai eu de la difficulté à entre dedans…

    Mais une fois cela fait, j’était totalement immergé. Sam Hui (que j’aime bien, souvenir d’enfant de " La poursuite la plus folle du monde " oblige) interprète un jeune sabreur mêlé, avec ses frères d’armes et la fille de son "sifu", dans une histoire le dépassant un peu. En fait, il découvrira le côté sombre de l’homme… au fil de rencontres et de trahisons. J’aime particulièrement cette construction, fait en forme de voyage initiatique se terminant en huis clos hystérique. Plein de personnages sympathiques marquent le film : le dignitaire déchu, le vieux vagabond expert de l’épée, les deux vieux amis qui chantent sur le bateau (Lam Chi Ying et Wu Ma, dans une apparition touchante), la jeune Blue Phoenix… Le film mêle aussi les histoire d’ethnies chinoises. Vous avez sûrement remarqué, acheteur du DVD qui vient de sortir, que le cantonais et le mandarin définissent les divers peuplades.

    Swordman 2 est plus spectaculaire. Jet Lee reprend le rôle du jeune sabreur qui découvre le monde. Avec ses histoires de trahisons et d’ambiguïté sexuelle, ce film est un spectacle totalement exotique pour le cinéphile occidental néophyte. Action, comédie … et de l’émotion… la mort des frères d’armes et de Blue Pheonix étant un de ses moments mélodramatiques qui précède l’inévitable revanche.

    Swordman 3 est une déception. Plus grand chose à voir avec les films de sabre, c’est une enfilade décousue de scènes fantaisistes. Bon, les films de HK sont souvent comme ça, mais je crois que j’aimais mieux les scénarios touffus du premier et les drames tragico-comico-sexuels du deuxième. Je suis certain que Ching Siu tung a du être excité à l’idée de mettre en scène des combats entre japonais, chinois et espagnoles. Mais j’imagine ce qu’aurait donné des duels qui auraient montré les diverses techniques à l'épée des conquistadores, des samouraïs et des chinois….
  • Dragon Inn 

Ce film est important pour les fans de cinéma HK d’occident.. Je ne sais pas pourquoi, mais ce film ne me vient jamais à l’esprit quand on me demande mes préférences. Autant le surréalisme ou les exagérations ne me dérangent pas, autant ici je ne sais pas pourquoi, mais la fin me dérange un peu. Le "pacing" à la Hu est intéressant. Tout ce monde dans l’auberge est un concept qui, d’avance, gagne mon admiration. Sans atteindre le suspense des films de Hu, la tension est bien là. Hu est bien plus proche de Hitchcock qu’on ne le dit. Ses films ménagent bien plus le suspense que les combats de sabres. Come Drink With Me était le film d’épées ultime, une histoire d’enlèvement entrecoupée de duels et autres combats. Mais dès Dragon Inn Gate, Hu a instauré son rythme si particulier. Divisé le film en deux. Mise en place et ensuite, combats. A Touch Of Zen se permet même une heure sans action. Avec Fate of Lee Khan, Hu réduit encore plus les combats. Et comme c’était la mode du Kung-Fu à l’époque, les combattants, à la fin, perdaient leurs épées et se battaient à mains nues. Mais seulement à la fin. C’est pour ça que Valiant One surprend. Réalisé après Fate Of Lee Khan, Valiant One a la construction des wuxia des années 60. Diverses scènes où les héros sont confrontés à divers événements (c’est-à-dire dans ce cas ci, des pièges et des combats martiaux). Mais ensuite Hu pour ses 2 prochains films, se dirigera vers le suspense pur.

Pour en revenir à Dragon Inn, on ne met pas en place une mécanique aussi bien huilée. La lenteur de Hu n’est pas de mise. Mais les affrontements entre Maggie et Brigitte sont de toute beauté. Mais comme je le disais avant, la fin et sa jambe dévorée jusqu’à l'os, ne me procure pas tant de plaisir.. allez savoir pourquoi.. il doit y avoir un os (je sais, je sais, mais je ne savais pas comment terminer ce paragraphe).

  • What Price Survival a.k.a. One Arm Swordman 94 de Daniel Lee, 1994.

    J’aime ce film. Parce qu’il contient tout les éléments que j’aime dans un film de genre. Une époque charnière, la fin d’une ère, le mélange des genres. Comme The Wild Bunch situé en 1914 ou Lady Snowblood situé entre 1868 et 1910, What Price Survival est un film de sabre qui place son action dans un univers différent. Plausible, parce que, au Japon par exemple, les tenants nationalistes utilisaient encore l’épée pour régler leurs comptes (les yakuza utilisèrent le sabre jusqu’en 1940 pour régler leurs comptes). D’ailleurs, le "bad guy" utilise un sabre japonais, ce qui est un clin d’œil au Ninkyo Eiga, les films de Yakuza situés au début du siècle. Costard et épée, une esthétique de toute beauté. En tout cas pour moi. Le fait qu’aucune arme à feu ne montre le bout du canon ajoute une aura quasi onirique, déjà très suggérée par la photo.

    À mon humble avis, le titre chinois est beaucoup plus approprié. One Arm Swordman 94. Un remake ? Une relecture ? Un hommage ? Un peu des deux derniers. J’ai fantasmé beaucoup sur le fait que Daniel Lee aurait pu engager Wang Yu et Ti Lung. Trois époques se seraient alors affrontées.

  • The Blade de Tsui Hark, 1995

    Ce film à été un choc. À l’époque, je m’efforçais de faire une reproduction "live" de la célèbre photo de James Dean marchant sous la pluie. Façon détournée de dire que j’étais dans une période sombre de ma vie. Fantasia offrait leurs meilleurs programmes en date et les cinéphiles occidentaux avaient l’impression qu’il se passait des choses en Asie. La Milky Way Image, Fruit Chan et Wong Kar-Wai donnaient cette impression. Nous n’avions pas compris que c’était là le symptôme d’une industrie malade. Que ces réalisations étaient des "réalisations de la dernière chance".

    The Blade, tout le monde avait ce mot à la bouche. Même les prestigieux Cahiers du Cinéma en disaient du bien. Je me souviens très bien lorsque j’ai mis la K7 dans le lecteur… La réalisation feutrée, la photo et le montage fluide du début qui tout en servant la voix off, contrastaient avec certaines images (celle du chien).

    L’histoire un peu confuse ? Cela ne nous dérangeait pas, tant l’imagerie brutal, barbare et violente nous changeait des films de chevaliers volants. Le métal semblait du métal, la chair de la chair, la sueur et la poussière se mélangeaient. On voyait bien qu’il n’y avait pas des millions de dollars dans cette production, mais cela rajoutait à notre admiration. Un peu comme lorsque j’ai découvert les groupes Punk dans les années 80, ça nous donnait envie de faire du cinéma.

    Cette relecture du mythe du sabreur manchot était typique de Tsui Hark. Puiser dans le passé pour faire du neuf. Un film expérimental d’action ? Oui, sans aucun doute… Le film a été un échec au box-office HK. Mais on voit encore ses traces dans des productions thaïes et japonaises.

Christian © Mars 2001